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L'augmentation de capital par apport en nature constitue un mécanisme juridique permettant aux sociétés anonymes (SA) de l'espace OHADA d'accroître leurs fonds propres sans recourir à des liquidités. Cette modalité permet d'intégrer au patrimoine social des biens corporels ou incorporels (immeubles, fonds de commerce, brevets, marques, etc.) contre l'émission d'actions nouvelles. Parallèlement, les stipulations d'avantages particuliers représentent des privilèges accordés à certains actionnaires ou à des tiers, dérogeant au principe d'égalité entre associés.
La pertinence pratique de ces mécanismes est considérable dans le contexte économique africain, où l'accès au financement bancaire demeure limité et où les entreprises disposent souvent d'actifs matériels valorisables. Ils permettent également des opérations stratégiques de restructuration, de rapprochement entre entreprises ou d'intégration d'actifs stratégiques dans le patrimoine social.
Néanmoins, ces opérations comportent des risques spécifiques, notamment de surévaluation frauduleuse des apports ou d'octroi d'avantages disproportionnés. C'est pourquoi le législateur OHADA a prévu un dispositif de contrôle particulièrement rigoureux, dont la méconnaissance peut entraîner la nullité de l'opération.
I. CADRE JURIDIQUE ET PRINCIPES FONDAMENTAUX
A. Définition et nature juridique des apports en nature et avantages particuliers
1. Les apports en nature
Si l'Acte Uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d'intérêt économique (AUSCGIE) ne définit pas explicitement l'apport en nature, celui-ci peut être caractérisé comme tout bien autre que de l'argent, susceptible d'évaluation économique et de transmission, apporté à la société en contrepartie d'actions nouvelles.
Ces apports peuvent consister en :
- Biens immobiliers (terrains, constructions)
- Biens mobiliers corporels (matériel, équipements)
- Biens incorporels (brevets, marques, clientèle)
- Créances (sous certaines conditions)
À la différence des apports en numéraire, ces biens nécessitent une évaluation spécifique, d'où l'instauration de procédures particulières.
2. Les avantages particuliers
Les avantages particuliers sont des privilèges conférés à certains actionnaires ou tiers, qui dérogent au principe d'égalité entre actionnaires. L'AUSCGIE n'en donne pas de définition, mais ils peuvent prendre diverses formes :
- Droits financiers spécifiques (dividendes prioritaires)
- Droits politiques renforcés (droit de veto sur certaines décisions)
- Avantages économiques particuliers (rémunération garantie)
B. Fondements textuels et principes directeurs
Les articles 619 à 624 de l'AUSCGIE constituent le socle juridique principal encadrant les augmentations de capital par apport en nature et/ou stipulations d'avantages particuliers.
Ces dispositions poursuivent deux objectifs fondamentaux :
- Garantir la réalité et la sincérité du capital social
- Protéger les actionnaires existants contre les risques de dilution injustifiée
L'article 619 pose le principe fondamental selon lequel les apports en nature et les avantages particuliers doivent être évalués par un commissaire aux apports désigné par la juridiction compétente.
II. MODALITÉS D'APPLICATION ET ASPECTS PROCÉDURAUX
A. La désignation et le rôle du commissaire aux apports
1. Désignation du commissaire aux apports
L'article 619 dispose que "les apports en nature et/ou les avantages particuliers doivent être évalués par un commissaire aux apports". Ce commissaire est désigné par le président de la juridiction compétente, à la requête du conseil d'administration ou de l'administrateur général selon le cas.
Le commissaire doit présenter les garanties d'indépendance et de compétence nécessaires pour assurer la crédibilité de son évaluation. Il est généralement choisi parmi les experts-comptables ou commissaires aux comptes inscrits.
2. Mission et responsabilité du commissaire aux apports
La mission du commissaire aux apports est définie par l'article 621 qui précise qu'il doit :
- Apprécier la valeur des apports en nature et des avantages particuliers
- Vérifier que cette valeur correspond au moins à la valeur nominale des actions à émettre augmentée éventuellement de la prime d'émission
Cette mission implique une analyse approfondie des biens apportés, de leur propriété, de leur état, et de leur valeur marchande. Le commissaire engage sa responsabilité civile et pénale en cas d'évaluation frauduleuse ou négligente.
3. Établissement et contenu du rapport
L'établissement d'un rapport détaillé constitue l'aboutissement de la mission du commissaire aux apports. Ce rapport doit notamment contenir :
- La description de chaque apport et/ou avantage particulier
- L'indication des méthodes d'évaluation utilisées
- L'affirmation que la valeur des apports correspond au moins à la valeur nominale des actions à émettre
- L'appréciation de l'équité des avantages particuliers
Ce rapport doit être déposé au siège social au moins trois jours avant la date de l'assemblée générale extraordinaire appelée à statuer sur l'augmentation de capital.
B. Les garanties procédurales spécifiques
1. L'exclusion du vote des apporteurs ou bénéficiaires
L'article 623 renforce la protection des actionnaires en prévoyant que "lorsque l'assemblée approuve l'évaluation des apports et l'octroi d'avantages particuliers, elle constate la réalisation de l'augmentation de capital".
Cependant, l'alinéa 2 de cet article prévoit une importante garantie procédurale : "Les actions de l'apporteur ou du bénéficiaire d'avantages particuliers ne sont pas prises en compte pour le calcul du quorum et de la majorité et l'apporteur ou le bénéficiaire d'avantages particuliers n'a pas voix délibérative ni pour lui-même, ni comme mandataire."
Cette exclusion du vote vise à prévenir les conflits d'intérêts et à garantir que l'approbation des apports ou avantages particuliers résulte d'une décision impartiale des actionnaires.
2. Les délais et formalismes particuliers
L'article 622 prévoit que l'augmentation de capital par apport en nature ne peut être réalisée sans l'établissement du rapport du commissaire aux apports.
Par ailleurs, l'article 624 précise que "lorsque l'augmentation de capital est réalisée, partiellement ou totalement, par des apports en nature, les actions correspondant à ces apports doivent être intégralement libérées dès leur émission".
Cette exigence de libération intégrale immédiate des actions émises en contrepartie d'apports en nature se distingue des règles applicables aux apports en numéraire, qui peuvent être libérés partiellement lors de la souscription.
C. La phase de réalisation et de publicité
La réalisation de l'augmentation de capital par apports en nature ou stipulations d'avantages particuliers comprend plusieurs étapes :
- Approbation par l'AGE des apports et avantages particuliers sur la base du rapport du commissaire aux apports
- Constatation de la réalisation de l'augmentation de capital
- Modification des statuts
- Accomplissement des formalités de publicité (dépôt au greffe, publication dans un journal d'annonces légales, inscription modificative au RCCM)
Ces formalités conditionnent l'opposabilité de l'opération aux tiers et sa pleine efficacité juridique.
III. ENJEUX PRATIQUES ET CONTENTIEUX POTENTIELS
A. Risques de nullité et sanctions spécifiques
1. Causes de nullité propres aux apports en nature
L'article 618-1 sanctionne par la nullité les délibérations prises en violation des dispositions régissant les augmentations de capital. Pour les apports en nature et avantages particuliers, les principales causes de nullité sont :
- L'absence de désignation d'un commissaire aux apports
- L'absence ou l'irrégularité du rapport d'évaluation
- La participation au vote des apporteurs ou bénéficiaires d'avantages particuliers
- La sous-évaluation ou la surévaluation frauduleuse des apports
2. Sanctions civiles et pénales
Outre la nullité de l'opération, plusieurs sanctions sont prévues :
- La responsabilité civile des fondateurs, administrateurs et commissaires aux apports en cas de préjudice subi par les actionnaires ou les tiers
- Des sanctions pénales spécifiques prévues aux articles 893 à 895 de l'AUSCGIE visant notamment la surévaluation frauduleuse des apports
B. Enjeux fiscaux particuliers
Les apports en nature soulèvent des problématiques fiscales spécifiques dans les différents États membres de l'OHADA :
- Droits d'enregistrement généralement plus élevés que pour les apports en numéraire
- Imposition éventuelle des plus-values latentes révélées par l'apport
- Fiscalité applicable au transfert de propriété des biens apportés (TVA, droits de mutation)
La diversité des régimes fiscaux nationaux au sein de l'espace OHADA impose une analyse approfondie des implications fiscales de l'opération dans chaque État concerné.
C. Problématiques pratiques récurrentes
1. Difficultés d'évaluation de certains biens
La pratique révèle des difficultés récurrentes dans l'évaluation de certains types d'apports :
- Biens incorporels (marques, brevets, savoir-faire)
- Entreprises en difficulté ou à fort potentiel mais non rentables
- Biens à liquidité réduite ou spécifiques à un secteur d'activité
- Actifs situés dans des zones géographiques à forte instabilité
2. Gestion des garanties d'éviction et des vices cachés
L'apport en nature étant juridiquement assimilable à une vente quant aux garanties, l'apporteur est tenu des garanties d'éviction et des vices cachés. La pratique contractuelle a développé des clauses spécifiques pour encadrer ces garanties et préciser leur durée et leur étendue.
3. Problématiques liées aux avantages particuliers
Les stipulations d'avantages particuliers soulèvent également des difficultés spécifiques :
- Risque de disproportion entre l'avantage accordé et sa contrepartie
- Difficultés d'évaluation monétaire de certains avantages (droits politiques, prérogatives de gouvernance)
- Risque de violation de l'égalité entre actionnaires conduisant à des abus de majorité ou de minorité
D. Impacts sur l'équilibre actionnarial et la gouvernance
L'augmentation de capital par apport en nature peut modifier substantiellement l'équilibre des pouvoirs au sein de la société :
- Entrée d'un actionnaire apporteur pouvant acquérir une position significative
- Dilution des actionnaires existants ne pouvant participer proportionnellement à l'opération
- Modification des seuils conditionnant certains droits (minorité de blocage, quorum, etc.)
Cette modalité d'augmentation peut ainsi constituer un levier stratégique dans le cadre d'opérations de rapprochement entre entreprises ou de restructuration du capital.
IV. PRÉCAUTIONS À PRENDRE ET BONNES PRATIQUES
L'augmentation de capital par apport en nature et/ou stipulations d'avantages particuliers constitue un mécanisme juridique précieux pour les sociétés anonymes de l'espace OHADA, permettant d'intégrer des actifs stratégiques sans mobiliser de liquidités.
Pour sécuriser ces opérations, plusieurs précautions s'imposent :
- Sélectionner un commissaire aux apports présentant toutes les garanties d'indépendance et de compétence
- Documenter rigoureusement la propriété et l'état des biens apportés
- Justifier les méthodes d'évaluation retenues par des références objectives
- Veiller strictement à l'exclusion du vote des apporteurs ou bénéficiaires
- Anticiper les implications fiscales de l'opération selon la législation nationale applicable
Les meilleures pratiques incluent également :
- La réalisation d'audits préalables (due diligence) sur les biens apportés
- L'obtention de garanties contractuelles spécifiques de la part des apporteurs
- La consultation préalable des actionnaires significatifs pour s'assurer de leur adhésion au projet
En définitive, si l'augmentation de capital par apport en nature ou stipulations d'avantages particuliers présente des risques spécifiques, une mise en œuvre rigoureuse des procédures prévues par l'AUSCGIE permet de les maîtriser efficacement et de tirer pleinement parti de la souplesse offerte par ce mécanisme.
Avis dans un journal habilité à recevoir les annonces légales d'augmentation de capital par apports en nature ou stipulations d’avantages particuliers
XAF 4,000
AcheterAvis de convocation à l'assemblée générale extraordinaire appelée à décider de l'augmentation de capital par voie d'apports en nature ou stipulations d’avantages particuliers
XAF 4,000
AcheterDéclaration de régularité et de conformité en cas d'augmentation de capital par voie d'apports en nature ou stipulations d’avantages particuliers
XAF 3,500
AcheterDélibération de l'assemblée générale extraordinaire décidant de l'augmentation de capital par voie d'apports en nature
XAF 4,500
AcheterDélibération du conseil d'administration préparant l'augmentation du capital par apports en nature ou d’avantages particuliers
XAF 4,500
AcheterDemande d'inscription modificative au Registre du commerce et du crédit mobilier (RCCM)
XAF 4,000
AcheterLettre de convocation adressée aux actionnaires à l’assemblée générale extraordinaire appelée à décider de l'augmentation de capital par voie d'apports en nature
XAF 4,000
AcheterRapport du commissaire aux apports dans le cadre de l’augmentation de capital par nature
XAF 16,000
AcheterRapport du conseil d'administration sur l'augmentation de capital par voie d'apports en nature ou stipulations d’avantages particuliers
XAF 16,000
AcheterRequête au président du tribunal de commerce aux fins de désignation d'un commissaire aux apports
XAF 17,000
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