Commentaire
Le Registre du Commerce et du Crédit Mobilier (RCCM)
constitue un pilier fondamental de l'organisation du commerce dans l'espace
OHADA. Institué par l'Acte Uniforme portant sur le Droit Commercial Général, il
représente bien plus qu'un simple répertoire administratif : c'est un véritable
instrument de sécurisation des transactions commerciales et de transparence des
affaires. Pour comprendre pleinement son importance et son fonctionnement, il
convient d'examiner successivement son organisation institutionnelle, ses
missions essentielles (I), le régime de l'immatriculation qu'il prévoit (II),
ainsi que son rôle dans la publicité des sûretés mobilières (III).
I.
ORGANISATION ET MISSIONS DU RCCM
A. Structure
institutionnelle à trois niveaux
Le RCCM présente une architecture institutionnelle
originale organisée sur trois niveaux complémentaires, permettant une
centralisation efficace des informations commerciales. Au niveau local, il est
tenu au greffe de chaque tribunal compétent (tribunal de commerce ou tribunal
de grande instance selon les États). Selon l'article 36 de l'AUDCG, cette tenue
s'effectue sous la surveillance du Président de la juridiction ou du juge
délégué.
Au niveau national, un Fichier National centralise les
informations provenant des registres locaux. Cette centralisation permet
d'avoir une vision globale des activités commerciales à l'échelle de chaque
État partie. La localisation précise de ce fichier est laissée à l'appréciation
de chaque État.
Au sommet de cette pyramide se trouve le Fichier
Régional, tenu au siège de la Cour Commune de Justice et d'Arbitrage (CCJA) à
Abidjan. Il centralise les renseignements provenant de l'ensemble des fichiers
nationaux, offrant ainsi une vision panoramique de l'activité commerciale dans
tout l'espace OHADA.
B. Missions fondamentales
Le RCCM remplit deux missions essentielles qui en font un
instrument central de la vie des affaires. D'une part, il constitue une source
d'information fiable et centralisée sur la situation juridique et financière
des opérateurs économiques. Tout entrepreneur peut ainsi obtenir des
renseignements précieux sur ses potentiels partenaires commerciaux.
D'autre part, il joue un rôle crucial dans le système des
sûretés mobilières en assurant leur publicité et leur opposabilité aux tiers.
Cette fonction participe directement à la sécurisation des transactions
commerciales dans l'espace OHADA.
II.
RÉGIME DE L'IMMATRICULATION AU RCCM
A. Une obligation
légale fondamentale
L'immatriculation au RCCM constitue une obligation légale
pour tout commerçant, qu'il soit personne physique ou morale. Cette formalité
représente, en quelque sorte, l'acte de naissance de l'entreprise dans la vie
juridique. L'article 44 de l'AUDCG impose ainsi aux personnes physiques
commerçantes de requérir leur immatriculation dans le mois du début de leur
activité.
Pour les sociétés commerciales, cette obligation s'impose
dans le même délai d'un mois à compter de leur constitution, à l'exception
notable des sociétés en participation. Cette obligation concerne également les
sociétés commerciales dans lesquelles l'État ou une personne morale de droit
public est associée, démontrant ainsi la volonté du législateur d'assurer une
transparence totale des activités commerciales.
B. Contenu et
portée de l'immatriculation
L'immatriculation donne lieu à l'ouverture d'un véritable
dossier individuel regroupant les informations essentielles sur l'entreprise.
Pour les sociétés, ces informations comprennent notamment la dénomination
sociale, le nom commercial éventuel, la forme juridique, l'adresse du siège
social, la durée de la société et son objet. Pour les personnes physiques, le
dossier mentionne leurs données personnelles (nom, prénoms, domicile,
nationalité) ainsi que les éléments relatifs à leur activité commerciale.
Une caractéristique fondamentale de l'immatriculation est
son caractère personnel et unique. Le législateur OHADA interdit formellement
les immatriculations multiples, que ce soit sur plusieurs registres ou sous
plusieurs numéros sur le même registre. Cette règle vise à garantir la
fiabilité des informations et à éviter toute confusion.
C. Effets
juridiques de l'immatriculation
L'immatriculation produit des effets juridiques majeurs.
Pour les sociétés commerciales, elle conditionne l'acquisition de la
personnalité juridique. Une société non immatriculée ne peut donc ni ouvrir un
compte bancaire, ni ester en justice, ni accomplir valablement des actes
juridiques.
Pour les personnes physiques commerçantes,
l'immatriculation permet de se prévaloir de la qualité de commerçant et de
bénéficier des règles spécifiques au droit commercial, notamment en matière de
preuve. Cependant, le défaut d'immatriculation ne les dispense pas des
obligations inhérentes à la qualité de commerçant.
III.
PUBLICITÉ DES SÛRETÉS MOBILIÈRES
A. Un système de
publicité organisé
Le RCCM joue un rôle crucial dans la publicité des
sûretés mobilières. L'Acte Uniforme énumère limitativement les sûretés devant
faire l'objet d'une inscription : nantissement des actions et parts sociales,
nantissement du fonds de commerce, privilège du vendeur, nantissement du
matériel professionnel, nantissement des stocks, privilèges divers (Trésor,
douanes, sécurité sociale), clause de réserve de propriété et contrat de
crédit-bail.
La procédure d'inscription requiert le dépôt du titre
constitutif de la sûreté accompagné d'un formulaire spécifique au greffe
compétent. Le greffier vérifie la conformité des documents avant de procéder à
l'inscription, assurant ainsi la fiabilité des informations publiées.
B. Effets et durée
des inscriptions
L'inscription des sûretés au RCCM produit un effet
d'opposabilité aux tiers à compter de sa date. La durée de validité varie selon
la nature de la sûreté : cinq ans pour les nantissements sur actions ou parts
sociales et les contrats de crédit-bail, trois ans pour les privilèges
généraux, et un an pour le nantissement des stocks et la clause de réserve de
propriété.
Le renouvellement de l'inscription doit être effectué
dans les mêmes conditions que l'inscription initiale pour maintenir
l'opposabilité de la sûreté. Cette exigence permet d'assurer l'actualisation
régulière des informations publiées.
IV.
RADIATION ET ACCESSIBILITÉ DU RCCM
A. Le régime de la
radiation
La radiation du RCCM intervient comme l'ultime étape dans
la vie juridique d'une entreprise. Elle vise à assainir le registre en
éliminant les immatriculations devenues caduques ou fictives. La radiation peut
intervenir dans plusieurs situations que le législateur OHADA a précisément
encadrées.
Dans le cas d'une cessation volontaire d'activité, le
commerçant doit demander sa radiation dans un délai d'un mois. Cette obligation
concerne aussi bien l'établissement principal que les succursales et
établissements secondaires. Pour les personnes physiques, le décès du
commerçant ouvre aux héritiers un délai de trois mois pour demander soit la
radiation, soit la modification de l'immatriculation s'ils souhaitent
poursuivre l'exploitation.
En cas de dissolution d'une société, le liquidateur
devient responsable de la demande de radiation. Il doit l'effectuer dans un
délai d'un mois à compter de la clôture des opérations de liquidation. La
nullité de la société, lorsqu'elle est prononcée par une décision de justice, doit
également faire l'objet d'une radiation.
B. Contrôle et
effets de la radiation
Le législateur OHADA a prévu un mécanisme de contrôle
efficace en cas de défaut de radiation. Si les personnes concernées
n'accomplissent pas cette formalité dans les délais impartis, le greffier peut
saisir la juridiction compétente. Celle-ci, statuant à bref délai, peut
ordonner la radiation d'office. Cette procédure permet d'assurer l'exactitude
des informations contenues dans le registre.
La radiation produit des effets juridiques importants
puisqu'elle entraîne la perte des droits résultant de l'immatriculation. Elle
marque ainsi la fin officielle de l'existence juridique de l'entreprise en tant
qu'entité commerciale.
V.UTILITÉ
PRATIQUE DU RCCM
A. Un outil de
transparence commerciale
Le RCCM se révèle être un instrument précieux de
transparence commerciale. Il permet aux opérateurs économiques d'accéder à des
informations fiables sur leurs potentiels partenaires commerciaux. Cette
transparence s'avère particulièrement utile avant tout engagement dans une
relation d'affaires.
Par exemple, un entrepreneur peut vérifier si le matériel
professionnel d'une entreprise fait l'objet de nantissements, ou si celle-ci se
trouve en état de cessation des paiements. Ces informations sont cruciales pour
évaluer la solidité financière d'un partenaire potentiel et prendre des
décisions éclairées.
B. Modalités
d'accès aux informations
L'accès aux informations du RCCM a été pensé pour être
simple et efficace. Tout intéressé peut obtenir communication des inscriptions
portées au registre sous forme d'extraits ou de copies. Ces documents peuvent
être délivrés à chacun des trois niveaux du système : local, national ou
régional.
L'introduction progressive de moyens électroniques de conservation et de transmission des données vise à faciliter encore davantage cet accès. Cette modernisation contribue à faire du RCCM un véritable outil de développement économique dans l'espace OHADA.