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Le droit
préférentiel de souscription (DPS) constitue l'une des prérogatives
fondamentales de l'actionnaire dans le cadre des augmentations de capital en
numéraire des sociétés anonymes (SA) régies par l'Acte Uniforme OHADA relatif
au droit des sociétés commerciales et du groupement d'intérêt économique
(AUSCGIE). Ce mécanisme juridique permet aux actionnaires existants de
souscrire prioritairement aux actions nouvelles émises lors d'une augmentation
de capital, proportionnellement à leur participation actuelle.
La pertinence
pratique de ce mécanisme est considérable dans le contexte économique des pays
membres de l'OHADA, où les structures actionnariables sont souvent concentrées
et où les actionnaires souhaitent maintenir leur contrôle sur les sociétés. Le
DPS constitue ainsi un instrument essentiel de protection contre la dilution du
capital, tout en permettant à la société de lever des fonds nécessaires à son
développement.
Ce commentaire
se propose d'analyser le cadre juridique du DPS dans les augmentations de
capital, ses modalités d'exercice et sa mise en œuvre pratique, ainsi que les
enjeux et contentieux qui y sont associés, en s'appuyant sur les dispositions
pertinentes de l'AUSCGIE.
I. CADRE JURIDIQUE ET
PRINCIPES FONDAMENTAUX DU DROIT PRÉFÉRENTIEL DE SOUSCRIPTION
A.
Fondement juridique et nature du droit préférentiel de souscription
1.
Consécration législative
Le droit
préférentiel de souscription est expressément consacré par l'article 573 de
l'AUSCGIE qui dispose : "Les actionnaires ont, proportionnellement au
montant de leurs actions, un droit de préférence à la souscription des actions
de numéraire émises pour réaliser une augmentation de capital."
Cette
disposition cristallise un mécanisme juridique qui constitue à la fois un droit
financier et un droit politique de l'actionnaire, lui permettant de préserver
sa quote-part dans le capital et, corrélativement, son pouvoir décisionnel au
sein de la société.
2. Nature
juridique du DPS
Le DPS
présente une nature juridique hybride :
- Un droit individuel de
l'actionnaire, attaché à l'action elle-même
- Un droit patrimonial ayant une
valeur économique propre
- Un droit négociable et cessible
indépendamment de l'action
Cette nature
complexe explique son régime juridique particulier et les protections dont il
bénéficie dans l'AUSCGIE.
B. Champ
d'application du droit préférentiel de souscription
1.
Augmentations de capital concernées
Le DPS
s'applique exclusivement aux augmentations de capital par émission d'actions
nouvelles à libérer en numéraire. Il ne concerne donc pas :
- Les augmentations de capital par
incorporation de réserves
- Les augmentations de capital par
apport en nature
- Les augmentations de capital
résultant de conversions d'obligations convertibles (sauf si ce droit a
été préservé lors de l'émission des obligations)
2.
Titulaires du droit préférentiel de souscription
Conformément à
l'article 573, ce droit appartient à tous les actionnaires, proportionnellement
au montant de leurs actions. Cette proportionnalité garantit l'égalité de
traitement entre actionnaires.
Le DPS
bénéficie tant aux titulaires d'actions ordinaires qu'aux détenteurs d'actions
de préférence, sauf dispositions statutaires contraires concernant ces
dernières.
C.
Caractère proportionnel et finalité du DPS
1. Principe
de proportionnalité
L'article 573
précise que le DPS s'exerce "proportionnellement au montant des
actions" détenues. Cette proportionnalité vise à préserver exactement la
quote-part de chaque actionnaire dans le capital social.
Ce principe
implique que le nombre de droits préférentiels détenus par chaque actionnaire
soit strictement proportionnel au nombre d'actions qu'il possède, permettant
ainsi de maintenir l'équilibre actionnarial préexistant.
2. Double
finalité du DPS
Le DPS
poursuit une double finalité :
- Protéger les droits financiers des
actionnaires existants en leur permettant de maintenir leur quote-part
dans l'actif social et dans les bénéfices
- Préserver les droits politiques
des actionnaires en leur permettant de conserver leur pourcentage de
droits de vote, et donc leur influence dans les décisions sociales
II. MODALITÉS D'APPLICATION
ET ASPECTS PROCÉDURAUX
A.
Modalités d'exercice du droit préférentiel de souscription
1. Délai
d'exercice du DPS
L'article 576
de l'AUSCGIE fixe un cadre temporel strict : "Le délai accordé aux
actionnaires pour exercer leur droit préférentiel de souscription ne peut être
inférieur à vingt jours."
Ce délai
commence à courir à compter de la date d'ouverture de la souscription, définie
par l'AGE ou par l'organe compétent en cas de délégation. Ce délai minimal de
20 jours vise à garantir aux actionnaires un temps raisonnable pour prendre
leur décision et réunir les fonds nécessaires à la souscription.
2.
Négociabilité du DPS
L'article 574
consacre la négociabilité du DPS en précisant : "Ce droit est négociable
dans les mêmes conditions que l'action elle-même pendant la durée de la
souscription."
Cette
négociabilité permet à l'actionnaire qui ne souhaite pas ou ne peut pas exercer
son DPS de le monnayer, compensant ainsi partiellement la dilution qu'il
subira. Cette caractéristique confère au DPS une valeur économique propre,
distincte de celle de l'action.
3. Faculté
de renonciation individuelle
L'article 574
alinéa 2 prévoit que "l'actionnaire peut renoncer, à titre individuel, à
son droit préférentiel de souscription." Cette renonciation peut être
expresse ou tacite, cette dernière résultant de l'absence d'exercice du droit
dans le délai imparti.
Cette faculté
de renonciation individuelle se distingue de la suppression collective du DPS,
qui relève exclusivement de la compétence de l'AGE.
B.
Information des actionnaires et publicité
1. Contenu
de l'information
Pour permettre
un exercice éclairé du DPS, les actionnaires doivent recevoir une information
complète comprenant notamment :
- Le montant de l'augmentation de
capital
- Le nombre d'actions à émettre
- Le prix d'émission
- La parité d'exercice du DPS
(nombre d'actions anciennes donnant droit à souscrire à combien d'actions
nouvelles)
- Les modalités pratiques de
souscription
- Le calendrier de l'opération
2.
Modalités de l'information
Bien que
l'AUSCGIE ne précise pas expressément les modalités d'information des
actionnaires pour l'exercice du DPS, les principes généraux du droit des
sociétés imposent une information claire et complète. Cette information peut
être diffusée par :
- Publication dans un journal
d'annonces légales
- Notification individuelle aux
actionnaires nominatifs
- Bulletin des annonces légales
obligatoires dans les pays membres disposant d'un tel support
C. Exercice
du DPS et situation des actions non souscrites
1. Exercice
à titre irréductible et réductible
Le DPS
s'exerce à titre irréductible, c'est-à-dire proportionnellement au nombre
d'actions déjà détenues. L'article 576 alinéa 2 prévoit également que
"l'assemblée générale ou, le cas échéant, le conseil d'administration ou
l'administrateur général qui décide l'augmentation de capital peut décider que
les droits de souscription non exercés sont attribués aux actionnaires qui ont
souscrit un nombre d'actions supérieur à celui qu'ils pouvaient souscrire à
titre irréductible, proportionnellement aux droits dont ils disposent et, en
tout état de cause, dans la limite de leurs demandes."
Cette
possibilité de souscription à titre réductible permet d'optimiser le succès de
l'augmentation de capital en offrant aux actionnaires les plus intéressés la
possibilité de souscrire aux actions non souscrites par les autres.
2. Sort des
actions non souscrites
L'article 577
organise le sort des actions non souscrites après l'exercice des droits à titre
irréductible et, le cas échéant, réductible :
- Le conseil d'administration ou
l'administrateur général peut les répartir librement, totalement ou
partiellement
- L'assemblée générale peut décider
que cette répartition sera faite au profit des personnes qu'elle désigne
- À défaut, l'augmentation de
capital est limitée au montant des souscriptions recueillies
Ces
dispositions offrent une grande souplesse dans la finalisation de
l'augmentation de capital, tout en préservant le droit de priorité des
actionnaires existants.
III. ENJEUX PRATIQUES ET
CONTENTIEUX POTENTIELS
A.
Protection du DPS et risques de nullité
1.
Sanctions du non-respect du DPS
L'article
618-1 de l'AUSCGIE sanctionne par la nullité les délibérations prises en
violation des dispositions régissant les augmentations de capital. Le
non-respect du DPS, lorsqu'il n'a pas été légalement supprimé, constitue ainsi
une cause de nullité de l'augmentation de capital.
Cette nullité
peut être demandée par tout actionnaire dont le DPS a été méconnu, et ce dans
un délai de trois ans à compter de l'inscription modificative au Registre du
Commerce et du Crédit Mobilier.
2.
Responsabilité des dirigeants
Outre la
nullité de l'opération, la méconnaissance du DPS peut engager la responsabilité
civile des dirigeants sociaux. Dans certains cas particulièrement graves de
violation intentionnelle, des sanctions pénales pourraient être envisagées sur
le fondement des infractions relatives aux distributions de dividendes fictifs
ou à la présentation de comptes inexacts.
B.
Valorisation du DPS et enjeux financiers
1. Méthodes
de valorisation du DPS
La valeur
théorique du DPS peut être calculée selon la formule suivante :
Valeur du DPS
= (Cours de l'action avant augmentation - Prix d'émission) / (Nombre d'actions
anciennes nécessaires pour souscrire une action nouvelle + 1)
Cette
valorisation est cruciale tant pour l'actionnaire qui doit décider d'exercer ou
de céder son droit que pour l'acquéreur potentiel de ces droits.
2. Impact
sur la valorisation des actions
L'émission
d'actions nouvelles avec DPS a généralement un impact sur le cours des actions
existantes, qui tend à baisser pour refléter l'effet dilutif de l'opération.
Cette baisse est théoriquement compensée, pour l'actionnaire qui exerce son
DPS, par la valeur des droits qu'il possède.
C.
Difficultés pratiques et cas particuliers
1.
Traitement des rompus
Lorsque le
nombre d'actions détenues ne permet pas d'exercer le DPS sur un nombre entier
d'actions nouvelles, des rompus apparaissent. Plusieurs solutions sont alors
envisageables :
- Achat ou vente de droits pour
compléter ou céder ces rompus
- Regroupement d'actionnaires pour
exercer conjointement leurs droits
- Indemnisation des droits non
exercés
2. Cas des
actionnaires non résidents
Pour les
sociétés comptant des actionnaires non résidents dans l'espace OHADA,
l'exercice du DPS peut soulever des difficultés pratiques liées aux délais
d'acheminement de l'information et aux transferts de fonds transfrontaliers.
Des aménagements procéduraux peuvent être nécessaires pour garantir
l'effectivité du droit de ces actionnaires.
3. Actions
faisant l'objet d'un usufruit
En cas
d'actions grevées d'usufruit, la question de l'attribution du DPS entre
l'usufruitier et le nu-propriétaire peut se poser. En l'absence de disposition
spécifique dans l'AUSCGIE, il convient de se référer aux principes généraux du
droit civil et aux éventuelles conventions entre les parties.
IV. PRÉCAUTIONS À PRENDRE ET
BONNES PRATIQUES
Le droit
préférentiel de souscription constitue un mécanisme fondamental de protection
des actionnaires lors des augmentations de capital en numéraire. Sa mise en
œuvre requiert une attention particulière pour garantir sa pleine efficacité
tout en permettant la réalisation des objectifs financiers de la société.
Pour sécuriser
les opérations d'augmentation de capital avec DPS, plusieurs précautions
s'imposent :
- Veiller à une information complète
et transparente des actionnaires sur les modalités d'exercice du DPS
- Respecter scrupuleusement le délai
minimal de 20 jours pour l'exercice du droit
- Calculer avec précision la parité
d'exercice et la valeur théorique du DPS
- Prévoir des solutions adaptées
pour le traitement des rompus
- Anticiper les difficultés liées
aux actionnaires non résidents ou aux situations particulières
(indivision, usufruit)
Les meilleures
pratiques incluent également :
- La consultation préalable des
actionnaires significatifs
- L'accompagnement des actionnaires
dans l'exercice de leurs droits, particulièrement dans les sociétés
comptant des actionnaires peu familiers avec ces mécanismes
- La mise en place d'une
documentation claire et pédagogique sur l'opération
En définitive,
le respect du droit préférentiel de souscription permet de concilier deux
impératifs parfois contradictoires : renforcer les fonds propres de la société
tout en préservant les droits des actionnaires existants. Sa bonne mise en
œuvre contribue ainsi à la confiance des investisseurs et à la stabilité de
l'actionnariat, éléments essentiels du développement durable des sociétés
anonymes dans l'espace OHADA.
Avis dans un journal habilité à recevoir les annonces légales d'augmentation de capital en numéraire ou par compensation avec des créances, et de modification des statuts.
XAF 4,000
AcheterAvis de convocation de l'assemblée générale extraordinaire appelée à décider de l'augmentation de capital en numéraire
XAF 4,000
AcheterDéclaration de régularité et de conformité en cas d'augmentation du capital en numéraire ou par compensation avec des créances liquides et exigibles
XAF 4,000
AcheterDélibération de l'assemblée générale extraordinaire décidant de l'augmentation de capital en numéraire ou par compensation avec des créances
XAF 4,000
AcheterDélibération de l'assemblée générale extraordinaire décidant du principe de l'augmentation de capital et autorisant le conseil à en fixer les modalités de l’opération
XAF 4,000
AcheterDélibération du conseil d'administration fixant les modalités de l'augmentation de capital en numéraire ou par compensation avec des créances.
XAF 4,000
AcheterDélibération du conseil d'administration proposant le principe d'une augmentation de capital en numéraire
XAF 4,000
AcheterDélibération du conseil d'administration proposant le principe d'une augmentation de capital par compensation avec des créances liquides et exigibles détenues par des actionnaires
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