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La location-gérance constitue une institution juridique
originale permettant l'exploitation indirecte d'un fonds de commerce.
Réglementée par les articles 138 à 146 de l'Acte Uniforme OHADA relatif au
droit commercial général, elle offre au propriétaire d'un fonds la possibilité
de confier temporairement son exploitation à un tiers, le locataire-gérant, qui
l'exploite de manière autonome et à ses risques et périls, moyennant une
redevance. L'importance économique de ce mécanisme contractuel ne saurait être
sous-estimée car il permet une dissociation entre la propriété et
l'exploitation du fonds, offrant ainsi une flexibilité précieuse aux opérateurs
économiques. Pour appréhender pleinement les subtilités de ce dispositif
juridique complexe, il convient d'examiner successivement les conditions de
validité qui président à sa formation (I), puis les effets qu'il produit entre
les parties et à l'égard des tiers(II).
I.
CONDITIONS DE VALIDITÉ DU CONTRAT DE LOCATION-GÉRANCE
A. Conditions
de fond
- Nature juridique et caractéristiques essentielles
Le contrat de location-gérance se distingue par sa nature
singulière. L'article 138 de l'AUDCG le définit comme une convention par
laquelle le propriétaire d'un fonds de commerce en concède la location à un
gérant qui l'exploite à ses risques et périls. Cette définition met en exergue
trois caractéristiques fondamentales qui constituent l'essence même du contrat.
La première caractéristique réside dans la mise à
disposition complète du fonds. Contrairement à d'autres contrats commerciaux,
la location-gérance implique un transfert global de l'exploitation comprenant
tous les éléments corporels et incorporels du fonds. Cette globalité est
indispensable pour permettre une exploitation effective et cohérente.
La deuxième caractéristique concerne l'autonomie du
locataire-gérant. Cette autonomie se manifeste tant dans l'organisation que
dans la conduite des affaires. Le locataire-gérant n'est pas un simple préposé
mais un véritable entrepreneur indépendant qui détermine librement sa stratégie
commerciale, sous réserve du respect de la destination du fonds.
La troisième caractéristique, particulièrement
significative, tient au transfert des risques d'exploitation. En acceptant
d'exploiter le fonds "à ses risques et périls", le locataire-gérant
assume personnellement les conséquences financières de sa gestion, qu'elles
soient bénéficiaires ou déficitaires.
- Conditions relatives au propriétaire du fonds
Le législateur OHADA a instauré des conditions strictes
concernant le propriétaire du fonds, témoignant d'un souci de protection tant
du locataire-gérant que des créanciers. L'article 141 impose ainsi une
condition préalable fondamentale : l'exploitation personnelle du fonds pendant
une durée minimale de deux ans avant sa mise en location-gérance.
Cette exigence poursuit un double objectif. D'une part,
elle vise à garantir la viabilité économique du fonds, en s'assurant que
celui-ci a fait ses preuves sous la gestion directe de son propriétaire.
D'autre part, elle protège le futur locataire-gérant en lui permettant
d'apprécier le potentiel réel du fonds sur la base d'un historique
d'exploitation significatif.
Toutefois, conscient des réalités économiques, le
législateur a prévu des tempéraments à cette règle. L'article 142 confère ainsi
à la juridiction compétente le pouvoir de réduire ce délai à un an lorsque le
propriétaire justifie d'une impossibilité d'exploitation personnelle. Cette
impossibilité peut résulter de diverses circonstances : maladie, incapacité,
obligations professionnelles incompatibles, etc.
- Conditions relatives au locataire-gérant
Le statut du locataire-gérant fait l'objet d'un
encadrement juridique minutieux, reflétant son rôle central dans l'exploitation
du fonds. L'AUDCG pose comme condition fondamentale la qualité de commerçant.
Cette exigence traduit la volonté du législateur de professionnaliser la
gestion du fonds et d'assurer une exploitation compétente.
La qualité de commerçant implique plusieurs prérequis
importants. Le locataire-gérant doit d'abord avoir la capacité juridique
d'exercer le commerce conformément aux articles 6 à 12 de l'AUDCG. Il ne peut
donc être frappé d'aucune interdiction légale ou judiciaire, ni se trouver dans
une situation d'incompatibilité professionnelle. Cette exigence protège
indirectement le propriétaire en écartant les personnes qui ne présentent pas
les garanties morales et professionnelles nécessaires.
Par ailleurs, le statut de commerçant entraîne
l'obligation pour le locataire-gérant de s'immatriculer au Registre du Commerce
et du Crédit Mobilier. Cette immatriculation revêt une importance cruciale car
elle conditionne l'opposabilité du contrat aux tiers et s'inscrit dans le système
général de publicité mis en place pour protéger les créanciers. Elle permet
également d'assurer la transparence des relations commerciales en rendant
public le changement intervenu dans l'exploitation du fonds.
B. Conditions de
forme et de publicité
- Exigences formelles du contrat
Si l'Acte Uniforme n'impose pas de forme solennelle pour
le contrat de location-gérance, la pratique privilégie systématiquement l'écrit
pour des raisons évidentes de sécurité juridique. Le contrat, qu'il soit établi
par acte authentique ou sous seing privé, doit contenir un certain nombre de
mentions essentielles qui permettent d'identifier précisément l'opération et de
définir les droits et obligations des parties.
Parmi ces mentions figurent en premier lieu l'identité
complète des parties, avec une attention particulière portée à la qualification
du locataire-gérant comme commerçant. La description détaillée du fonds
constitue un autre élément crucial du contrat. Cette description doit énumérer
tous les éléments corporels (matériel, mobilier, marchandises) et incorporels
(clientèle, enseigne, droit au bail) compris dans l'opération. Une description
précise permet d'éviter les contestations ultérieures lors de la restitution du
fonds.
La durée de la location-gérance doit également être
clairement stipulée. Le contrat peut être conclu pour une durée déterminée ou
indéterminée, chaque option ayant ses propres implications juridiques,
notamment en termes de résiliation. Le montant et les modalités de paiement de
la redevance constituent un autre élément essentiel. Cette redevance se
décompose généralement en une partie fixe correspondant à la jouissance des
locaux et une partie variable liée à l'exploitation du fonds.
- Système de publicité légale
Le législateur OHADA a mis en place un système de
publicité particulièrement rigoureux, dont le respect conditionne l'efficacité
du contrat à l'égard des tiers. L'article 139 impose ainsi plusieurs formalités
qui doivent être accomplies dans des délais stricts, sous peine de sanctions sévères.
La première obligation consiste en une publication dans
un journal d'annonces légales dans les quinze jours suivant la conclusion du
contrat. Cette publication doit mentionner l'existence du contrat, l'identité
des parties et les caractéristiques essentielles de l'opération. Elle vise à
informer les tiers du changement intervenu dans l'exploitation du fonds et à
leur permettre d'exercer leurs droits éventuels.
- Mécanisme complémentaire de publicité
Parallèlement à la publication dans un journal d'annonces
légales, le système de publicité légale s'appuie également sur une inscription
au Registre du Commerce et du Crédit Mobilier (RCCM). Cette double exigence
reflète la volonté du législateur d'assurer une information complète des tiers.
Le propriétaire doit ainsi procéder à une inscription
modificative au RCCM pour signaler la mise en location-gérance du fonds. Cette
inscription permet de tracer l'historique du fonds et d'informer les tiers de
son mode d'exploitation actuel. Simultanément, le locataire-gérant doit
s'immatriculer en cette qualité au même registre, officialisant ainsi sa
position d'exploitant.
- Sanctions du défaut de publicité
Le non-respect des formalités de publicité entraîne des
conséquences juridiques significatives. La sanction principale réside dans
l'inopposabilité du contrat aux tiers. Concrètement, les créanciers peuvent
ignorer l'existence du contrat de location-gérance et continuer à considérer le
propriétaire comme l'exploitant du fonds.
Plus grave encore, l'article 145 de l'AUDCG prévoit la
responsabilité solidaire du propriétaire pour les dettes contractées par le
locataire-gérant jusqu'à la publication régulière du contrat. Cette sanction
sévère incite fortement les parties à respecter scrupuleusement les exigences
de publicité.
II.
EFFETS DU CONTRAT DE LOCATION-GÉRANCE
A. Dans les
rapports entre les parties
- Obligations du propriétaire
Le propriétaire du fonds assume plusieurs obligations
fondamentales qui découlent de la nature même du contrat. Son obligation
première consiste à délivrer le fonds dans un état permettant une exploitation
normale. Cette obligation de délivrance s'étend à tous les éléments nécessaires
à l'exploitation, qu'ils soient corporels ou incorporels.
Le propriétaire est également tenu d'une obligation de
garantie qui se décline en trois volets. D'abord, la garantie contre les vices
cachés qui pourraient affecter l'exploitation du fonds. Ensuite, la garantie
d'éviction qui protège le locataire-gérant contre les troubles de droit émanant
du propriétaire lui-même ou des tiers. Enfin, la garantie de conformité qui
assure que le fonds correspond aux caractéristiques convenues.
L'obligation de non-concurrence constitue un autre aspect
essentiel des obligations du propriétaire. Il doit s'abstenir de tout acte qui
pourrait détourner la clientèle du fonds ou entraver son exploitation normale.
Cette obligation peut être renforcée par des stipulations contractuelles
définissant précisément son étendue géographique et temporelle.
- Obligations du locataire-gérant
Le locataire-gérant, en sa qualité d'exploitant effectif
du fonds, supporte un ensemble d'obligations particulièrement dense. Son
obligation principale réside dans l'exploitation diligente du fonds en bon
commerçant, conformément à sa destination. Cette obligation générale se décline
en plusieurs aspects spécifiques qui méritent une attention particulière.
Sur le plan commercial, il doit maintenir l'activité du
fonds et préserver sa clientèle. Cette obligation implique une gestion active
et professionnelle visant non seulement à conserver mais aussi à développer le
potentiel commercial du fonds. Le locataire-gérant doit également respecter la
destination du fonds et ne peut modifier substantiellement la nature de
l'activité sans l'accord du propriétaire.
III.
CESSATION DU CONTRAT DE LOCATION-GÉRANCE
A. Causes de
cessation
- Cessation normale du contrat
La cessation normale du contrat de location-gérance
intervient principalement par l'arrivée du terme convenu pour les contrats à
durée déterminée. À cette échéance, le contrat prend fin automatiquement sans
qu'il soit nécessaire d'accomplir une quelconque formalité. Toutefois, si les
parties continuent à exécuter le contrat après son terme, la jurisprudence
considère qu'il se transforme en contrat à durée indéterminée.
Pour les contrats à durée indéterminée, la cessation
s'opère par la volonté unilatérale de l'une des parties, manifestée par la
délivrance d'un préavis. La durée de ce préavis n'étant pas fixée par l'AUDCG,
elle doit être raisonnable et tenir compte des usages commerciaux et de la
durée antérieure des relations entre les parties.
- Cessation anticipée
Le contrat peut également prendre fin de manière
anticipée dans plusieurs situations. D'abord, les parties peuvent convenir
d'une résiliation amiable, leur accord mutuel mettant fin immédiatement au
contrat sous réserve du respect des droits des tiers. Cette solution présente
l'avantage de la souplesse mais nécessite une vigilance particulière quant à la
protection des créanciers.
La résolution judiciaire constitue une autre cause de
cessation anticipée, notamment en cas d'inexécution par l'une des parties de
ses obligations contractuelles. Le juge apprécie souverainement la gravité du
manquement invoqué et peut accorder des délais ou prononcer la résolution aux
torts exclusifs de la partie défaillante.
- Causes particulières de cessation
Certaines circonstances particulières entraînent
également la fin du contrat. Le décès du locataire-gérant constitue une cause
automatique de cessation, compte tenu du caractère intuitu personae de la
convention. Cette solution se justifie par l'importance des qualités
personnelles du locataire-gérant dans l'exécution du contrat.
La faillite ou la liquidation de l'une des parties peut
également provoquer la cessation du contrat. De même, la perte totale ou
partielle du fonds, rendant impossible la poursuite de l'exploitation dans des
conditions normales, met fin au contrat. Dans ces hypothèses, la cessation
s'impose aux parties indépendamment de leur volonté.
B. Conséquences
de la cessation
- Obligations de restitution
La première conséquence de la cessation du contrat réside
dans l'obligation pour le locataire-gérant de restituer le fonds au
propriétaire. Cette restitution doit être accompagnée d'un inventaire
contradictoire détaillé, permettant de comparer l'état du fonds au moment de sa
restitution avec celui constaté lors de sa mise en location-gérance.
Le locataire-gérant doit restituer tous les éléments
corporels et incorporels du fonds dans un état correspondant à une exploitation
normale, sous réserve de l'usure habituelle. La jurisprudence admet que le locataire-gérant
ne peut être tenu responsable de la dépréciation normale du fonds résultant de
l'évolution des conditions économiques ou des changements dans les goûts de la
clientèle.
- Règlement des comptes entre les parties
La fin du contrat nécessite un règlement des comptes
entre les parties. Ce règlement porte notamment sur les redevances arriérées,
les charges d'exploitation en cours, et les éventuelles indemnités dues pour
dégradation du fonds. Les parties doivent également procéder à la liquidation
des stocks, soit par leur reprise par le propriétaire à leur valeur vénale,
soit par leur cession au locataire-gérant.
- Protection des tiers
La cessation du contrat ne doit pas porter préjudice aux
droits des tiers. Ainsi, l'article 139 de l'AUDCG impose une nouvelle publication
dans un journal d'annonces légales pour informer les tiers de la fin de la
location-gérance. Cette publicité est particulièrement importante pour les
créanciers du locataire-gérant, puisque l'article 146 prévoit l'exigibilité
immédiate de leurs créances.
Les contrats en cours nécessitent également une attention particulière. Les contrats de travail sont en principe transférés au propriétaire en application du principe de la continuité des contrats de travail. Pour les autres contrats (baux commerciaux, contrats d'approvisionnement, etc.), leur sort dépend des stipulations contractuelles et de la volonté des parties.
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