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L'augmentation
de capital par incorporation des réserves constitue une modalité particulière
d'accroissement des fonds propres d'une société anonyme (SA), se distinguant
fondamentalement des autres formes d'augmentation par l'absence d'apport
extérieur. Cette opération consiste à transformer des sommes déjà présentes
dans le patrimoine social (réserves, bénéfices ou primes d'émission) en capital
social, par un simple jeu d'écritures comptables.
La pertinence
pratique de ce mécanisme est considérable dans le contexte économique des pays
membres de l'OHADA. En effet, cette modalité permet aux sociétés de renforcer
leur assise financière sans solliciter les actionnaires ni recourir à
l'endettement, tout en présentant une image plus solide auprès des partenaires
commerciaux et financiers grâce à l'augmentation du capital social.
Reconnue par
la doctrine comme "la capitalisation des réserves", cette opération
présente des particularités procédurales significatives qui la distinguent des
autres formes d'augmentation de capital. Le législateur OHADA a mis en place un
régime juridique spécifique, qui allège certaines contraintes tout en
maintenant des garanties essentielles.
I. CADRE JURIDIQUE ET
PRINCIPES FONDAMENTAUX
A. Nature
juridique et spécificités conceptuelles
L'augmentation
de capital par incorporation des réserves présente une nature juridique
singulière. À la différence des autres modalités d'augmentation qui
enrichissent le patrimoine social par des apports extérieurs, celle-ci opère un
simple transfert interne de valeurs, des postes comptables
"réserves", "bénéfices" ou "primes d'émission"
vers le poste "capital social".
Cette
opération est expressément prévue par l'article 562 de l'Acte Uniforme OHADA
relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d'intérêt
économique (AUSCGIE), qui dispose que "le capital social est augmenté soit
par émission d'actions nouvelles, soit par majoration du montant nominal des
actions existantes" et précise que "l'augmentation de capital peut
être réalisée par incorporation de réserves, bénéfices ou primes
d'émission".
Plusieurs
postes comptables peuvent ainsi être incorporés au capital :
- Les réserves légales (au-delà du
minimum obligatoire de 20% du capital)
- Les réserves statutaires ou
conventionnelles
- Les bénéfices reportés à nouveau
- Les primes d'émission, de fusion
ou d'apport
L'incorporation
de ces sommes présente un double avantage : elle renforce le capital social,
gage des créanciers, tout en "gelant" des sommes qui auraient pu être
distribuées aux actionnaires sous forme de dividendes.
B. Un
régime procédural allégé
En raison de
l'absence d'apport extérieur et donc de risque pour le patrimoine social ou les
créanciers, le législateur OHADA a prévu un régime procédural allégé pour cette
modalité d'augmentation.
L'article 565
de l'AUSCGIE dispose ainsi que "par dérogation aux dispositions de
l'article 564 [...], l'assemblée générale extraordinaire qui décide de
l'augmentation de capital par incorporation de réserves, de bénéfices ou de
primes d'émission, statue aux conditions de quorum et de majorité prévues aux
articles 549 et 550 [...] pour les assemblées générales ordinaires".
Cette
dérogation significative reflète la moindre sensibilité de cette opération, qui
ne modifie pas la consistance du patrimoine social mais seulement sa
présentation comptable. Les conditions de quorum (1/4 des actions en première
convocation) et de majorité (majorité simple) ainsi applicables facilitent
considérablement la mise en œuvre de cette modalité d'augmentation.
C.
Conditions préalables spécifiques
Contrairement
à l'augmentation de capital par apport en numéraire qui exige la libération
intégrale du capital existant (article 572), l'augmentation par incorporation
de réserves n'est pas soumise à cette condition préalable. Cette différence
logique s'explique par l'absence d'apport nouveau.
Néanmoins,
plusieurs conditions doivent être réunies :
- L'existence effective des sommes à
incorporer dans les comptes sociaux
- L'absence d'affectation
obligatoire de ces sommes à d'autres emplois (notamment pour la réserve
légale)
- L'approbation préalable des
comptes de l'exercice servant de base à l'opération
II. MODALITÉS D'APPLICATION
ET ASPECTS PROCÉDURAUX
A. Les deux
techniques d'incorporation des réserves
L'augmentation
de capital par incorporation de réserves peut se réaliser selon deux techniques
distinctes, mentionnées implicitement à l'article 562 de l'AUSCGIE :
1.
L'émission d'actions gratuites nouvelles
Cette
technique consiste à créer de nouvelles actions qui sont attribuées
gratuitement aux actionnaires, proportionnellement à leur participation
existante. Elle présente l'avantage de ne pas modifier la valeur nominale des
actions et de maintenir ainsi leur liquidité sur le marché.
L'article 566
précise que "les actions nouvelles sont attribuées gratuitement aux
actionnaires, au prorata des actions anciennes qu'ils détiennent".
2.
L'augmentation de la valeur nominale des actions existantes
Cette seconde
technique consiste à accroître la valeur nominale de chaque action déjà
existante, sans émission d'actions nouvelles. Elle présente l'avantage de la
simplicité, évitant les problèmes liés à la répartition d'actions nouvelles,
mais peut affecter la liquidité des titres en augmentant leur prix.
B.
Processus décisionnel et mise en œuvre
1.
Compétence et conditions de vote
Comme précisé
précédemment, l'article 565 de l'AUSCGIE attribue la compétence à l'assemblée
générale extraordinaire (AGE), tout en allégeant les conditions de quorum et de
majorité qui sont alors celles d'une assemblée générale ordinaire (AGO).
Cette AGE peut
également déléguer au conseil d'administration ou à l'administrateur général le
pouvoir de réaliser l'augmentation de capital, conformément aux articles 567 à
570 de l'AUSCGIE.
2.
Modalités pratiques de l'attribution des actions gratuites
En cas
d'émission d'actions gratuites, l'opération soulève plusieurs questions
pratiques :
- Le traitement des rompus : lorsque
le nombre d'actions à attribuer n'est pas un multiple exact du nombre
d'actions existantes, des droits formant rompus apparaissent. L'article
566 prévoit que "les droits formant rompus ne sont ni négociables ni
cessibles". Deux solutions sont alors possibles : soit les
actionnaires se regroupent pour obtenir un nombre entier d'actions, soit
la société rachète ces droits formant rompus.
- La date de jouissance des actions
nouvelles : l'article 566 prévoit que "les actions nouvelles sont
attribuées gratuitement aux actionnaires [...] et portent jouissance à
compter de la date de réalisation de l'augmentation de capital". Ces
actions bénéficient donc des mêmes droits que les actions anciennes,
notamment en matière de dividendes.
3.
Modalités d'émission et libération
L'article 606
de l'AUSCGIE précise que "les actions émises en contrepartie d'un apport
en numéraire ou d'un apport en nature sont libérées, lors de la souscription,
d'un quart au moins de leur valeur nominale". Cependant, le même article
ajoute que "les actions émises en contrepartie d'un apport en numéraire à
libérer par compensation avec des créances certaines, liquides et exigibles sur
la société et les actions dont le montant résulte, pour partie, d'une
incorporation de réserves, de bénéfices ou de primes d'émission et, pour
partie, d'une libération en espèces, doivent être intégralement libérées lors
de la souscription".
Cette
disposition confirme le principe logique selon lequel les actions issues d'une
incorporation de réserves sont intégralement libérées dès leur émission,
puisque cette libération est effectuée par prélèvement sur des sommes déjà
présentes dans le patrimoine social.
C.
Formalités de publicité et d'enregistrement
Comme toute
modification statutaire, l'augmentation de capital par incorporation de
réserves doit faire l'objet des formalités habituelles :
- Modification des statuts
- Dépôt au greffe du tribunal
compétent
- Publication d'un avis dans un
journal d'annonces légales
- Inscription modificative au
Registre du Commerce et du Crédit Mobilier (RCCM)
Ces formalités
conditionnent l'opposabilité de l'opération aux tiers et sa pleine efficacité
juridique.
III. ENJEUX PRATIQUES ET
CONTENTIEUX POTENTIELS
A.
Implications fiscales spécifiques
L'augmentation
de capital par incorporation de réserves présente des spécificités fiscales
importantes dans les différents États membres de l'OHADA :
1.
Imposition au niveau de la société
Dans la
plupart des États membres, cette opération est soumise à un droit
d'enregistrement spécifique, généralement inférieur à celui applicable aux
apports nouveaux. Certains États peuvent même prévoir des exonérations dans le
cadre de politiques d'incitation à la capitalisation des entreprises.
2.
Imposition au niveau des actionnaires
L'attribution
d'actions gratuites ou l'augmentation de la valeur nominale des actions
n'entraîne généralement pas d'imposition immédiate pour les actionnaires,
puisqu'il n'y a pas de distribution effective. Cependant, cette opération peut
avoir des incidences sur la fiscalité applicable en cas de cession ultérieure
des titres.
B. Effets
sur la structure financière et la gouvernance
1. Impacts
sur les ratios financiers
L'augmentation
de capital par incorporation de réserves modifie plusieurs ratios financiers
importants :
- Amélioration du ratio d'autonomie
financière (capitaux propres/total du bilan)
- Réduction du taux de distribution
des dividendes à ratio constant
- Modification de la rentabilité des
capitaux propres
2. Impacts
sur la gouvernance
Cette
opération, si elle n'affecte pas la répartition du capital en cas d'attribution
proportionnelle, peut néanmoins avoir des incidences sur la gouvernance :
- Renforcement de l'image financière
auprès des partenaires
- Limitation de la distribution
future de dividendes (les sommes incorporées ne sont plus distribuables)
- Incidence potentielle sur les
seuils statutaires ou légaux exprimés en pourcentage du capital
C. Risques
contentieux spécifiques
Plusieurs
risques contentieux peuvent être identifiés :
1.
Contestation de la réalité des réserves incorporées
La validité de
l'opération repose sur l'existence réelle des sommes incorporées. Une
surévaluation ou une incorporation de réserves fictives pourrait entraîner la
nullité de l'opération.
2. Conflits
relatifs aux droits formant rompus
La gestion des
rompus peut générer des contentieux, notamment lorsque les modalités de rachat
par la société n'ont pas été clairement définies ou lorsque le prix proposé est
contesté par certains actionnaires.
3.
Contestation relative à la modification des droits des actionnaires
Dans certains
cas particuliers (existence de catégories d'actions avec des droits
différents), l'incorporation peut affecter indirectement l'équilibre des droits
entre actionnaires, générant des contestations.
IV. PRÉCAUTIONS À PRENDRE ET
BONNES PRATIQUES
L'augmentation
de capital par incorporation de réserves constitue un mécanisme juridique et
financier précieux pour les sociétés anonymes de l'espace OHADA, permettant de
renforcer leur structure financière sans apport extérieur.
Pour sécuriser
ces opérations, plusieurs précautions s'imposent :
- Vérifier rigoureusement
l'existence et la disponibilité des réserves, bénéfices ou primes à
incorporer
- Choisir judicieusement entre les
deux techniques d'incorporation (actions gratuites ou augmentation de la
valeur nominale) en fonction de la structure de l'actionnariat
- Prévoir précisément le traitement
des droits formant rompus en cas d'émission d'actions gratuites
- Anticiper les conséquences
fiscales de l'opération selon la législation nationale applicable
- Communiquer clairement auprès des
actionnaires sur la nature de l'opération, qui n'enrichit pas directement
leur patrimoine mais transforme des réserves en capital
Les meilleures
pratiques incluent également :
- La consultation préalable des
actionnaires significatifs
- L'analyse de l'impact de
l'opération sur les ratios financiers et les obligations contractuelles de
la société
- La planification fiscale de
l'opération, notamment en ce qui concerne les droits d'enregistrement
En définitive, l'augmentation de capital par incorporation de réserves, bien que techniquement plus simple que les autres modalités d'augmentation, doit néanmoins être mise en œuvre avec rigueur pour en tirer tous les avantages tout en évitant les écueils potentiels. Sa simplicité procédurale et son coût relativement modéré en font un outil privilégié de renforcement du capital social dans l'espace OHADA..
Avis dans un journal habilité à recevoir les annonces légales d'augmentation de capital par incorporation de réserves
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AcheterAvis de convocation de l'assemblée générale extraordinaire appelée à décider de l'augmentation de capital par incorporation de réserves, de bénéfices ou de primes d'apports
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AcheterDéclaration de régularité et de conformité en cas d'augmentation de capital Par incorporation de réserves
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AcheterDélibération de l'AGE décidant du principe de l'augmentation de capital par incorporation de réserves et autorisant le conseil à en fixer les modalités de l’opération
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AcheterDélibération de l'assemblée générale extraordinaire décidant d'augmenter le capital social par incorporation de réserves et fixant les modalités de cette augmentation
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AcheterDélibération du conseil d'administration préalable à une augmentation de capital par incorporation de réserves, de bénéfices ou de primes d'apports
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AcheterLettre de convocation aux actionnaires, à l'AGE appelée à décider de l'augmentation de capital par incorporation de réserves, de bénéfices ou de primes d'apports
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AcheterRapport du conseil d'administration à l'assemblée générale extraordinaire appelée à décider de l'augmentation de capital par incorporation de réserves ou de bénéfices ou de primes d'apports
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