Documents disponibles (6)
La
liquidation judiciaire des sociétés anonymes représente une procédure
d'exception dans le droit des entreprises en difficulté, constituant
généralement l'ultime phase d'un processus d'assainissement économique qui n'a
pu aboutir au redressement de l'entité concernée. Dans l'espace OHADA, cette
procédure s'inscrit dans un cadre normatif rigoureux, principalement régi par
l'Acte Uniforme portant Organisation des Procédures Collectives d'Apurement du
Passif (AUPCAP), en articulation avec l'Acte Uniforme relatif au Droit des
Sociétés Commerciales et du Groupement d'Intérêt Économique (AUSCGIE).
À
la différence de la liquidation amiable, la liquidation judiciaire intervient
dans un contexte de cessation des paiements avérée et irrémédiable, où la
survie de l'entreprise n'est plus envisageable. Elle répond à une double
finalité : d'une part, organiser la réalisation de l'actif pour désintéresser
les créanciers selon un ordre légalement établi et, d'autre part, sanctionner
éventuellement les dirigeants dont la gestion aurait contribué à la défaillance
de l'entreprise.
Notre
étude s'attachera à décrypter les mécanismes juridiques et les implications
pratiques de cette procédure spécifique aux sociétés anonymes dans le système
OHADA, en mettant en lumière tant ses aspects procéduraux que ses conséquences
substantielles pour l'ensemble des parties prenantes.
I. Les Fondements et Conditions de la Liquidation Judiciaire
A.
Les Critères d'Ouverture de la Procédure
1.
La Cessation des Paiements comme Condition Fondamentale
Dans
le droit OHADA, l'ouverture d'une procédure de liquidation judiciaire d'une
société anonyme est subordonnée à la constatation d'un état de cessation des
paiements. L'article 25 de l'AUPCAP définit cet état comme
"l'impossibilité pour le débiteur de faire face à son passif exigible avec
son actif disponible". Cette notion cardinale du droit des procédures
collectives s'apprécie in concreto, en fonction de la situation de trésorerie
effective de la société.
À
la différence d'autres systèmes juridiques, le droit OHADA n'exige pas
nécessairement un passage préalable par une phase de redressement judiciaire.
L'article 33 de l'AUPCAP prévoit ainsi que la juridiction compétente peut
prononcer directement la liquidation judiciaire lorsqu'elle constate que
"le débiteur est en état de cessation des paiements et que le redressement
est manifestement impossible".
2.
L'Impossibilité Manifeste de Redressement
Le
critère de l'impossibilité manifeste de redressement constitue l'élément
déterminant justifiant le prononcé direct d'une liquidation judiciaire plutôt
qu'un redressement. Cette impossibilité s'apprécie souverainement par les juges
du fond au regard de plusieurs paramètres, notamment :
- La
situation financière irrémédiablement compromise de la société
- L'absence
de perspectives crédibles de continuation de l'activité
- L'insuffisance
des actifs réalisables pour couvrir ne serait-ce que partiellement le
passif
- L'échec
antérieur de mesures de redressement
B.
Les Titulaires du Droit de Demander la Liquidation Judiciaire
1.
La Saisine à l'Initiative des Organes Sociaux
Conformément
à l'article 28 de l'AUPCAP, le représentant légal de la société anonyme est
tenu de faire une déclaration de cessation des paiements dans les trente jours
de la survenance de cet état. Cette déclaration peut directement solliciter
l'ouverture d'une procédure de liquidation judiciaire lorsque le redressement
apparaît manifestement impossible.
Pour
les sociétés anonymes, cette prérogative appartient, selon la forme
d'administration adoptée, au président du conseil d'administration, au
directeur général ou à l'administrateur général. La décision de solliciter une
liquidation judiciaire requiert généralement une délibération préalable du
conseil d'administration, bien que l'urgence puisse parfois justifier une
initiative unilatérale du dirigeant, régularisée a posteriori.
2.
La Saisine à l'Initiative des Créanciers et du Ministère Public
L'article
29 de l'AUPCAP permet à tout créancier, quelle que soit la nature de sa
créance, de demander l'ouverture d'une procédure collective, y compris la
liquidation judiciaire. Cette possibilité constitue un levier d'action
important pour les créanciers désireux de préserver leurs chances de
recouvrement face à un débiteur défaillant.
Le
ministère public dispose également de ce droit de saisine, conformément à
l'article 31 de l'AUPCAP, particulièrement lorsque l'ordre public économique
est en jeu. Son intervention peut notamment être motivée par la nécessité de
mettre fin à des pratiques commerciales frauduleuses ou dangereuses.
II. Le Déroulement de la Procédure de Liquidation Judiciaire
A.
La Phase d'Ouverture et ses Effets Immédiats
1.
Le Jugement d'Ouverture et sa Publicité
Le
jugement ouvrant la liquidation judiciaire est rendu par la juridiction
compétente après examen des éléments de preuve attestant de la cessation des
paiements et de l'impossibilité manifeste de redressement. Ce jugement, qui
doit être motivé, désigne un juge-commissaire chargé de surveiller le
déroulement de la procédure et un syndic responsable des opérations de
liquidation.
L'article
37 de l'AUPCAP prévoit les mesures de publicité entourant ce jugement,
notamment son insertion dans un journal d'annonces légales et sa notification
au débiteur. Cette publicité est essentielle pour garantir l'information des
tiers et déclencher les effets juridiques attachés à l'ouverture de la
procédure.
2.
Les Effets du Jugement sur les Pouvoirs des Dirigeants
Le
prononcé de la liquidation judiciaire entraîne un dessaisissement immédiat et
complet des dirigeants de la société anonyme. L'article 53 de l'AUPCAP dispose
en effet que "le débiteur est dessaisi de l'administration et de la
disposition de ses biens présents et de ceux qu'il peut acquérir à quelque
titre que ce soit tant que la liquidation des biens n'est pas clôturée".
Les
pouvoirs de gestion et d'administration sont intégralement transférés au
syndic, qui devient le seul habilité à agir au nom et pour le compte de la
société en liquidation. Les actes accomplis par les dirigeants postérieurement
au jugement d'ouverture sont frappés d'inopposabilité à la masse des
créanciers.
B.
Le Rôle Central du Syndic dans la Conduite de la Liquidation
1.
Les Missions et Prérogatives du Syndic
Nommé
par la juridiction compétente, le syndic assume un rôle déterminant dans la
procédure de liquidation judiciaire. Ses missions, définies principalement aux
articles 52 et suivants de l'AUPCAP, comprennent :
- La
réalisation de l'inventaire complet des actifs de la société
- La
vérification et l'admission des créances déclarées
- La
gestion conservatoire et la réalisation des actifs
- La
poursuite de l'activité en cas de nécessité temporaire
- La
répartition des fonds entre les créanciers selon leur rang
- L'exercice
des actions en responsabilité contre les dirigeants fautifs
Pour
accomplir ces missions, le syndic dispose de prérogatives exorbitantes du droit
commun, notamment le pouvoir d'exiger la communication de tout document relatif
à la société et celui de représenter tant la personne morale que les créanciers
dans certaines actions judiciaires.
2.
Le Contrôle Juridictionnel des Opérations de Liquidation
L'action
du syndic s'exerce sous le contrôle permanent du juge-commissaire, qui autorise
certains actes importants et tranche les contestations survenant au cours de la
procédure. L'article 39 de l'AUPCAP précise que "le juge-commissaire
veille, sous l'autorité de la juridiction compétente, au déroulement régulier
et rapide de la procédure et à la protection des intérêts en présence".
Outre
ce contrôle quotidien, la juridiction compétente conserve un pouvoir de
supervision générale, notamment par le biais d'audiences périodiques où le
syndic rend compte de l'avancement des opérations de liquidation. Cette
surveillance judiciaire constitue une garantie essentielle de la régularité et
de la transparence de la procédure.
III. Le Traitement du Passif et la Réalisation de l'Actif
A.
L'Organisation Collective du Règlement des Créanciers
1.
La Déclaration et la Vérification des Créances
L'ouverture
de la liquidation judiciaire impose à tous les créanciers, à l'exception de
ceux disposant d'un droit de rétention opposable ou d'une créance alimentaire,
de déclarer leurs créances auprès du syndic dans un délai de soixante jours à
compter de la publication du jugement d'ouverture (article 78 de l'AUPCAP).
Cette
déclaration, qui doit préciser la nature, le montant et les éventuelles sûretés
garantissant la créance, fait ensuite l'objet d'une vérification contradictoire
par le syndic en présence du débiteur. Les créances admises sont inscrites sur
un état des créances qui déterminera ultérieurement l'ordre des répartitions.
2.
L'Ordre des Paiements et la Règle de la Discipline Collective
Le
règlement des créanciers s'effectue selon un ordre précis déterminé par les
articles 166 et suivants de l'AUPCAP, qui établissent une hiérarchie entre :
- Les
créanciers titulaires d'un privilège général ou spécial
- Les
créanciers hypothécaires et nantis selon leur rang
- Les
créanciers chirographaires au marc le franc
Cette
hiérarchisation constitue l'expression du principe de discipline collective qui
caractérise les procédures d'insolvabilité. Les paiements individuels sont
proscrits, et toute action en justice tendant au recouvrement individuel d'une
créance est suspendue ou interdite après l'ouverture de la procédure.
B.
Les Modalités de Réalisation des Actifs
1.
Les Différentes Techniques de Cession des Biens
La
réalisation des actifs de la société anonyme en liquidation judiciaire peut
s'opérer selon diverses modalités prévues par l'AUPCAP :
- La
vente de gré à gré, autorisée par le juge-commissaire, pour les biens dont
la vente amiable est susceptible d'être plus avantageuse
- La
vente aux enchères publiques, qui constitue le mode ordinaire de
réalisation
- La
cession globale d'actifs, qui permet le transfert d'un ensemble cohérent
de biens à un repreneur
L'article
147 de l'AUPCAP précise que "la juridiction compétente choisit l'offre qui
permet dans les meilleures conditions d'assurer le plus durablement l'emploi
attaché à l'ensemble cédé et le paiement des créanciers".
2.
Le Sort Particulier des Contrats en Cours
La
liquidation judiciaire n'entraîne pas automatiquement la résiliation des
contrats conclus par la société. L'article 107 de l'AUPCAP confère au syndic le
pouvoir d'opter pour la continuation ou la résiliation des contrats en cours au
jour du jugement d'ouverture.
Cette
prérogative s'exerce toutefois sous le contrôle du juge-commissaire et dans la
perspective exclusive de faciliter les opérations de liquidation. En pratique,
seuls sont poursuivis les contrats nécessaires à la préservation de la valeur
des actifs ou à leur cession dans les meilleures conditions.
IV. Les Conséquences de la Liquidation Judiciaire pour les Parties
Prenantes
A.
La Situation des Actionnaires et Dirigeants
1.
La Perte Totale de l'Investissement des Actionnaires
Pour
les actionnaires de la société anonyme, la liquidation judiciaire entraîne
généralement la perte intégrale de leur investissement. Positionnés au dernier
rang dans l'ordre des répartitions, ils ne peuvent prétendre à un quelconque
remboursement qu'après désintéressement intégral de tous les créanciers,
hypothèse rarement réalisée en pratique.
Cette
situation est l'expression directe du principe de limitation de responsabilité
inhérent aux sociétés anonymes : les actionnaires ne perdent que leur apport,
sans être tenus personnellement des dettes sociales au-delà de ce montant.
2.
Les Risques de Mise en Cause de la Responsabilité des Dirigeants
La
situation des dirigeants de la société anonyme en liquidation judiciaire est
potentiellement plus délicate. L'AUPCAP prévoit en effet plusieurs mécanismes
permettant d'engager leur responsabilité personnelle :
- L'action
en comblement de passif (article 183 de l'AUPCAP), qui peut conduire à
mettre tout ou partie des dettes sociales à la charge des dirigeants ayant
commis des fautes de gestion ayant contribué à l'insuffisance d'actif
- L'extension
de la procédure collective (article 189 de l'AUPCAP), applicable en cas de
confusion des patrimoines ou de fictivité de la personne morale
- Les
sanctions patrimoniales et professionnelles prévues en cas de banqueroute
ou autres infractions liées à la gestion (articles 228 et suivants de
l'AUPCAP)
Ces
mécanismes, qui constituent des dérogations au principe de séparation des
patrimoines, visent à sanctionner les comportements fautifs et à renforcer la
protection des créanciers.
B.
L'Impact sur les Salariés et les Créanciers
1.
La Protection Relative des Droits des Salariés
La
liquidation judiciaire entraîne généralement la rupture des contrats de travail
des salariés de la société anonyme. L'article 110 de l'AUPCAP prévoit que
"le syndic, ou l'employeur entre les mains de qui sont les fonds, paie les
créances super-privilégiées des travailleurs dans les dix jours de la décision
prononçant la liquidation des biens".
Les
créances salariales bénéficient en effet d'un super-privilège qui leur confère
un rang prioritaire dans l'ordre des paiements. En pratique toutefois,
l'insuffisance d'actif limite souvent le montant effectivement perçu par les
salariés, qui doivent alors se tourner vers les organismes de garantie des
salaires lorsqu'ils existent dans l'État partie concerné.
2.
Les Perspectives de Recouvrement pour les Créanciers
Pour
les créanciers, les chances de recouvrement de leurs créances dépendent
essentiellement de deux facteurs :
- Leur
position dans la hiérarchie des paiements, déterminée par l'existence ou
non de privilèges ou sûretés
- La
valeur réelle des actifs réalisables de la société en liquidation
L'expérience
montre que les créanciers chirographaires, dépourvus de toute garantie, ne
recouvrent souvent qu'une fraction minime de leurs créances, voire rien du
tout. Cette réalité économique justifie l'importance accordée aux sûretés dans
la prévention du risque d'insolvabilité du débiteur.
V. La Clôture de la Liquidation Judiciaire
A.
Les Différentes Formes de Clôture
1.
La Clôture pour Extinction du Passif
La
forme idéale de clôture intervient lorsque tous les créanciers ont été
intégralement désintéressés. L'article 179 de l'AUPCAP prévoit ainsi que
"dans les quinze jours du désintéressement total des créanciers, le syndic
rend ses comptes au juge-commissaire qui constate la fin de sa mission".
Cette
hypothèse, relativement rare en pratique, suppose une réalisation des actifs
suffisante pour couvrir l'intégralité du passif. Elle permet à la personne
morale de retrouver théoriquement sa liberté d'action, bien que la finalité
habituelle de la liquidation soit la disparition définitive de la société.
2.
La Clôture pour Insuffisance d'Actif
Beaucoup
plus fréquente, la clôture pour insuffisance d'actif intervient lorsque
"la poursuite des opérations de liquidation des biens est rendue
impossible en raison de l'insuffisance de l'actif" (article 173 de
l'AUPCAP). Elle peut être prononcée même s'il subsiste des créances non
réglées.
Cette
décision judiciaire met fin à la mission du syndic mais n'éteint pas
nécessairement toutes les dettes sociales. Les créanciers recouvrent en
principe leur droit de poursuite individuelle, sauf si la juridiction prononce
l'extinction des créances non réglées, possibilité prévue par l'article 174 de
l'AUPCAP.
B.
Les Conséquences Juridiques de la Clôture
1.
La Disparition de la Personnalité Morale
Pour
les sociétés anonymes, la clôture de la liquidation judiciaire entraîne
généralement la disparition définitive de la personnalité morale. L'article 201
de l'AUSCGIE précise en effet que "la personnalité morale de la société
subsiste pour les besoins de la liquidation et jusqu'à la clôture de
celle-ci".
Cette
extinction de la personne morale, constatée par la radiation du registre du
commerce et du crédit mobilier, marque la fin définitive de l'aventure
entrepreneuriale. Elle emporte cessation définitive de toute activité et
impossibilité d'engager de nouvelles opérations au nom de la société.
2.
La Prescription des Actions en Responsabilité
La
clôture de la liquidation judiciaire n'éteint pas immédiatement les actions en
responsabilité contre les dirigeants. L'article 187 de l'AUPCAP prévoit en
effet que "l'action en comblement du passif se prescrit par trois ans à
compter de la décision qui prononce la liquidation des biens".
De
même, l'AUSCGIE précise en son article 256 que "l'action en responsabilité
fondée sur l'annulation de la société ou des actes et délibérations postérieurs
à sa constitution se prescrit par trois (3) ans à compter du jour où la
décision d'annulation est passée en force de chose jugée".
Ce
délai de prescription relativement long maintient une épée de Damoclès
au-dessus des dirigeants dont la gestion aurait contribué à la défaillance de
l'entreprise, renforçant ainsi l'effet dissuasif des mécanismes de
responsabilité.
Lettre de convocation de l’assemblée générale par le liquidateur après sa nomination
XAF 4,000
AcheterProcès-verbal de délibération de l’assemblée général portant approbation des comptes annuels de liquidation et donnant les autorisations et pouvoirs au liquidateur
XAF 17,000
AcheterRequête aux fins de désignation du liquidateur au Président du tribunal de commerce
XAF 17,000
Acheter