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La liquidation judiciaire des sociétés anonymes représente une procédure d'exception dans le droit des entreprises en difficulté, constituant généralement l'ultime phase d'un processus d'assainissement économique qui n'a pu aboutir au redressement de l'entité concernée. Dans l'espace OHADA, cette procédure s'inscrit dans un cadre normatif rigoureux, principalement régi par l'Acte Uniforme portant Organisation des Procédures Collectives d'Apurement du Passif (AUPCAP), en articulation avec l'Acte Uniforme relatif au Droit des Sociétés Commerciales et du Groupement d'Intérêt Économique (AUSCGIE).

À la différence de la liquidation amiable, la liquidation judiciaire intervient dans un contexte de cessation des paiements avérée et irrémédiable, où la survie de l'entreprise n'est plus envisageable. Elle répond à une double finalité : d'une part, organiser la réalisation de l'actif pour désintéresser les créanciers selon un ordre légalement établi et, d'autre part, sanctionner éventuellement les dirigeants dont la gestion aurait contribué à la défaillance de l'entreprise.

Notre étude s'attachera à décrypter les mécanismes juridiques et les implications pratiques de cette procédure spécifique aux sociétés anonymes dans le système OHADA, en mettant en lumière tant ses aspects procéduraux que ses conséquences substantielles pour l'ensemble des parties prenantes.

I. Les Fondements et Conditions de la Liquidation Judiciaire

A. Les Critères d'Ouverture de la Procédure

1. La Cessation des Paiements comme Condition Fondamentale

Dans le droit OHADA, l'ouverture d'une procédure de liquidation judiciaire d'une société anonyme est subordonnée à la constatation d'un état de cessation des paiements. L'article 25 de l'AUPCAP définit cet état comme "l'impossibilité pour le débiteur de faire face à son passif exigible avec son actif disponible". Cette notion cardinale du droit des procédures collectives s'apprécie in concreto, en fonction de la situation de trésorerie effective de la société.

À la différence d'autres systèmes juridiques, le droit OHADA n'exige pas nécessairement un passage préalable par une phase de redressement judiciaire. L'article 33 de l'AUPCAP prévoit ainsi que la juridiction compétente peut prononcer directement la liquidation judiciaire lorsqu'elle constate que "le débiteur est en état de cessation des paiements et que le redressement est manifestement impossible".

2. L'Impossibilité Manifeste de Redressement

Le critère de l'impossibilité manifeste de redressement constitue l'élément déterminant justifiant le prononcé direct d'une liquidation judiciaire plutôt qu'un redressement. Cette impossibilité s'apprécie souverainement par les juges du fond au regard de plusieurs paramètres, notamment :

  • La situation financière irrémédiablement compromise de la société
  • L'absence de perspectives crédibles de continuation de l'activité
  • L'insuffisance des actifs réalisables pour couvrir ne serait-ce que partiellement le passif
  • L'échec antérieur de mesures de redressement

B. Les Titulaires du Droit de Demander la Liquidation Judiciaire

1. La Saisine à l'Initiative des Organes Sociaux

Conformément à l'article 28 de l'AUPCAP, le représentant légal de la société anonyme est tenu de faire une déclaration de cessation des paiements dans les trente jours de la survenance de cet état. Cette déclaration peut directement solliciter l'ouverture d'une procédure de liquidation judiciaire lorsque le redressement apparaît manifestement impossible.

Pour les sociétés anonymes, cette prérogative appartient, selon la forme d'administration adoptée, au président du conseil d'administration, au directeur général ou à l'administrateur général. La décision de solliciter une liquidation judiciaire requiert généralement une délibération préalable du conseil d'administration, bien que l'urgence puisse parfois justifier une initiative unilatérale du dirigeant, régularisée a posteriori.

2. La Saisine à l'Initiative des Créanciers et du Ministère Public

L'article 29 de l'AUPCAP permet à tout créancier, quelle que soit la nature de sa créance, de demander l'ouverture d'une procédure collective, y compris la liquidation judiciaire. Cette possibilité constitue un levier d'action important pour les créanciers désireux de préserver leurs chances de recouvrement face à un débiteur défaillant.

Le ministère public dispose également de ce droit de saisine, conformément à l'article 31 de l'AUPCAP, particulièrement lorsque l'ordre public économique est en jeu. Son intervention peut notamment être motivée par la nécessité de mettre fin à des pratiques commerciales frauduleuses ou dangereuses.

II. Le Déroulement de la Procédure de Liquidation Judiciaire

A. La Phase d'Ouverture et ses Effets Immédiats

1. Le Jugement d'Ouverture et sa Publicité

Le jugement ouvrant la liquidation judiciaire est rendu par la juridiction compétente après examen des éléments de preuve attestant de la cessation des paiements et de l'impossibilité manifeste de redressement. Ce jugement, qui doit être motivé, désigne un juge-commissaire chargé de surveiller le déroulement de la procédure et un syndic responsable des opérations de liquidation.

L'article 37 de l'AUPCAP prévoit les mesures de publicité entourant ce jugement, notamment son insertion dans un journal d'annonces légales et sa notification au débiteur. Cette publicité est essentielle pour garantir l'information des tiers et déclencher les effets juridiques attachés à l'ouverture de la procédure.

2. Les Effets du Jugement sur les Pouvoirs des Dirigeants

Le prononcé de la liquidation judiciaire entraîne un dessaisissement immédiat et complet des dirigeants de la société anonyme. L'article 53 de l'AUPCAP dispose en effet que "le débiteur est dessaisi de l'administration et de la disposition de ses biens présents et de ceux qu'il peut acquérir à quelque titre que ce soit tant que la liquidation des biens n'est pas clôturée".

Les pouvoirs de gestion et d'administration sont intégralement transférés au syndic, qui devient le seul habilité à agir au nom et pour le compte de la société en liquidation. Les actes accomplis par les dirigeants postérieurement au jugement d'ouverture sont frappés d'inopposabilité à la masse des créanciers.

B. Le Rôle Central du Syndic dans la Conduite de la Liquidation

1. Les Missions et Prérogatives du Syndic

Nommé par la juridiction compétente, le syndic assume un rôle déterminant dans la procédure de liquidation judiciaire. Ses missions, définies principalement aux articles 52 et suivants de l'AUPCAP, comprennent :

  • La réalisation de l'inventaire complet des actifs de la société
  • La vérification et l'admission des créances déclarées
  • La gestion conservatoire et la réalisation des actifs
  • La poursuite de l'activité en cas de nécessité temporaire
  • La répartition des fonds entre les créanciers selon leur rang
  • L'exercice des actions en responsabilité contre les dirigeants fautifs

Pour accomplir ces missions, le syndic dispose de prérogatives exorbitantes du droit commun, notamment le pouvoir d'exiger la communication de tout document relatif à la société et celui de représenter tant la personne morale que les créanciers dans certaines actions judiciaires.

2. Le Contrôle Juridictionnel des Opérations de Liquidation

L'action du syndic s'exerce sous le contrôle permanent du juge-commissaire, qui autorise certains actes importants et tranche les contestations survenant au cours de la procédure. L'article 39 de l'AUPCAP précise que "le juge-commissaire veille, sous l'autorité de la juridiction compétente, au déroulement régulier et rapide de la procédure et à la protection des intérêts en présence".

Outre ce contrôle quotidien, la juridiction compétente conserve un pouvoir de supervision générale, notamment par le biais d'audiences périodiques où le syndic rend compte de l'avancement des opérations de liquidation. Cette surveillance judiciaire constitue une garantie essentielle de la régularité et de la transparence de la procédure.

III. Le Traitement du Passif et la Réalisation de l'Actif

A. L'Organisation Collective du Règlement des Créanciers

1. La Déclaration et la Vérification des Créances

L'ouverture de la liquidation judiciaire impose à tous les créanciers, à l'exception de ceux disposant d'un droit de rétention opposable ou d'une créance alimentaire, de déclarer leurs créances auprès du syndic dans un délai de soixante jours à compter de la publication du jugement d'ouverture (article 78 de l'AUPCAP).

Cette déclaration, qui doit préciser la nature, le montant et les éventuelles sûretés garantissant la créance, fait ensuite l'objet d'une vérification contradictoire par le syndic en présence du débiteur. Les créances admises sont inscrites sur un état des créances qui déterminera ultérieurement l'ordre des répartitions.

2. L'Ordre des Paiements et la Règle de la Discipline Collective

Le règlement des créanciers s'effectue selon un ordre précis déterminé par les articles 166 et suivants de l'AUPCAP, qui établissent une hiérarchie entre :

  • Les créanciers titulaires d'un privilège général ou spécial
  • Les créanciers hypothécaires et nantis selon leur rang
  • Les créanciers chirographaires au marc le franc

Cette hiérarchisation constitue l'expression du principe de discipline collective qui caractérise les procédures d'insolvabilité. Les paiements individuels sont proscrits, et toute action en justice tendant au recouvrement individuel d'une créance est suspendue ou interdite après l'ouverture de la procédure.

B. Les Modalités de Réalisation des Actifs

1. Les Différentes Techniques de Cession des Biens

La réalisation des actifs de la société anonyme en liquidation judiciaire peut s'opérer selon diverses modalités prévues par l'AUPCAP :

  • La vente de gré à gré, autorisée par le juge-commissaire, pour les biens dont la vente amiable est susceptible d'être plus avantageuse
  • La vente aux enchères publiques, qui constitue le mode ordinaire de réalisation
  • La cession globale d'actifs, qui permet le transfert d'un ensemble cohérent de biens à un repreneur

L'article 147 de l'AUPCAP précise que "la juridiction compétente choisit l'offre qui permet dans les meilleures conditions d'assurer le plus durablement l'emploi attaché à l'ensemble cédé et le paiement des créanciers".

2. Le Sort Particulier des Contrats en Cours

La liquidation judiciaire n'entraîne pas automatiquement la résiliation des contrats conclus par la société. L'article 107 de l'AUPCAP confère au syndic le pouvoir d'opter pour la continuation ou la résiliation des contrats en cours au jour du jugement d'ouverture.

Cette prérogative s'exerce toutefois sous le contrôle du juge-commissaire et dans la perspective exclusive de faciliter les opérations de liquidation. En pratique, seuls sont poursuivis les contrats nécessaires à la préservation de la valeur des actifs ou à leur cession dans les meilleures conditions.

IV. Les Conséquences de la Liquidation Judiciaire pour les Parties Prenantes

A. La Situation des Actionnaires et Dirigeants

1. La Perte Totale de l'Investissement des Actionnaires

Pour les actionnaires de la société anonyme, la liquidation judiciaire entraîne généralement la perte intégrale de leur investissement. Positionnés au dernier rang dans l'ordre des répartitions, ils ne peuvent prétendre à un quelconque remboursement qu'après désintéressement intégral de tous les créanciers, hypothèse rarement réalisée en pratique.

Cette situation est l'expression directe du principe de limitation de responsabilité inhérent aux sociétés anonymes : les actionnaires ne perdent que leur apport, sans être tenus personnellement des dettes sociales au-delà de ce montant.

2. Les Risques de Mise en Cause de la Responsabilité des Dirigeants

La situation des dirigeants de la société anonyme en liquidation judiciaire est potentiellement plus délicate. L'AUPCAP prévoit en effet plusieurs mécanismes permettant d'engager leur responsabilité personnelle :

  • L'action en comblement de passif (article 183 de l'AUPCAP), qui peut conduire à mettre tout ou partie des dettes sociales à la charge des dirigeants ayant commis des fautes de gestion ayant contribué à l'insuffisance d'actif
  • L'extension de la procédure collective (article 189 de l'AUPCAP), applicable en cas de confusion des patrimoines ou de fictivité de la personne morale
  • Les sanctions patrimoniales et professionnelles prévues en cas de banqueroute ou autres infractions liées à la gestion (articles 228 et suivants de l'AUPCAP)

Ces mécanismes, qui constituent des dérogations au principe de séparation des patrimoines, visent à sanctionner les comportements fautifs et à renforcer la protection des créanciers.

B. L'Impact sur les Salariés et les Créanciers

1. La Protection Relative des Droits des Salariés

La liquidation judiciaire entraîne généralement la rupture des contrats de travail des salariés de la société anonyme. L'article 110 de l'AUPCAP prévoit que "le syndic, ou l'employeur entre les mains de qui sont les fonds, paie les créances super-privilégiées des travailleurs dans les dix jours de la décision prononçant la liquidation des biens".

Les créances salariales bénéficient en effet d'un super-privilège qui leur confère un rang prioritaire dans l'ordre des paiements. En pratique toutefois, l'insuffisance d'actif limite souvent le montant effectivement perçu par les salariés, qui doivent alors se tourner vers les organismes de garantie des salaires lorsqu'ils existent dans l'État partie concerné.

2. Les Perspectives de Recouvrement pour les Créanciers

Pour les créanciers, les chances de recouvrement de leurs créances dépendent essentiellement de deux facteurs :

  • Leur position dans la hiérarchie des paiements, déterminée par l'existence ou non de privilèges ou sûretés
  • La valeur réelle des actifs réalisables de la société en liquidation

L'expérience montre que les créanciers chirographaires, dépourvus de toute garantie, ne recouvrent souvent qu'une fraction minime de leurs créances, voire rien du tout. Cette réalité économique justifie l'importance accordée aux sûretés dans la prévention du risque d'insolvabilité du débiteur.

V. La Clôture de la Liquidation Judiciaire

A. Les Différentes Formes de Clôture

1. La Clôture pour Extinction du Passif

La forme idéale de clôture intervient lorsque tous les créanciers ont été intégralement désintéressés. L'article 179 de l'AUPCAP prévoit ainsi que "dans les quinze jours du désintéressement total des créanciers, le syndic rend ses comptes au juge-commissaire qui constate la fin de sa mission".

Cette hypothèse, relativement rare en pratique, suppose une réalisation des actifs suffisante pour couvrir l'intégralité du passif. Elle permet à la personne morale de retrouver théoriquement sa liberté d'action, bien que la finalité habituelle de la liquidation soit la disparition définitive de la société.

2. La Clôture pour Insuffisance d'Actif

Beaucoup plus fréquente, la clôture pour insuffisance d'actif intervient lorsque "la poursuite des opérations de liquidation des biens est rendue impossible en raison de l'insuffisance de l'actif" (article 173 de l'AUPCAP). Elle peut être prononcée même s'il subsiste des créances non réglées.

Cette décision judiciaire met fin à la mission du syndic mais n'éteint pas nécessairement toutes les dettes sociales. Les créanciers recouvrent en principe leur droit de poursuite individuelle, sauf si la juridiction prononce l'extinction des créances non réglées, possibilité prévue par l'article 174 de l'AUPCAP.

B. Les Conséquences Juridiques de la Clôture

1. La Disparition de la Personnalité Morale

Pour les sociétés anonymes, la clôture de la liquidation judiciaire entraîne généralement la disparition définitive de la personnalité morale. L'article 201 de l'AUSCGIE précise en effet que "la personnalité morale de la société subsiste pour les besoins de la liquidation et jusqu'à la clôture de celle-ci".

Cette extinction de la personne morale, constatée par la radiation du registre du commerce et du crédit mobilier, marque la fin définitive de l'aventure entrepreneuriale. Elle emporte cessation définitive de toute activité et impossibilité d'engager de nouvelles opérations au nom de la société.

2. La Prescription des Actions en Responsabilité

La clôture de la liquidation judiciaire n'éteint pas immédiatement les actions en responsabilité contre les dirigeants. L'article 187 de l'AUPCAP prévoit en effet que "l'action en comblement du passif se prescrit par trois ans à compter de la décision qui prononce la liquidation des biens".

De même, l'AUSCGIE précise en son article 256 que "l'action en responsabilité fondée sur l'annulation de la société ou des actes et délibérations postérieurs à sa constitution se prescrit par trois (3) ans à compter du jour où la décision d'annulation est passée en force de chose jugée".

Ce délai de prescription relativement long maintient une épée de Damoclès au-dessus des dirigeants dont la gestion aurait contribué à la défaillance de l'entreprise, renforçant ainsi l'effet dissuasif des mécanismes de responsabilité.

Avis dans un journal d’annonces légales de clôture de la liquidation

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Lettre de convocation de l’assemblée générale par le liquidateur après sa nomination

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Ordonnance du président du tribunal de commerce de désignation du liquidateur

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Procès-verbal de délibération de l’assemblée général portant approbation des comptes annuels de liquidation et donnant les autorisations et pouvoirs au liquidateur

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Procès-verbal de l’assemblée générale de clôture de la liquidation

XAF 17,000

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Requête aux fins de désignation du liquidateur au Président du tribunal de commerce

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