Documents disponibles (1)
Dans les baux à usage professionnel, le dépôt de garantie
constitue un mécanisme de sûreté essentiel permettant au bailleur de se
prémunir contre les risques d'inexécution des obligations du preneur. Cette
garantie financière, bien que non explicitement prévue par l'Acte uniforme
OHADA portant sur le droit commercial général, s'inscrit dans la logique des
articles 112 et 114 qui organisent les obligations du preneur dans le cadre du
bail professionnel.
L'importance de ce mécanisme se manifeste à un double
niveau. D'une part, il sécurise la relation contractuelle en offrant au
bailleur une garantie immédiatement mobilisable en cas de manquement du preneur
à ses obligations. D'autre part, il responsabilise le preneur dans l'exécution
de ses obligations, notamment concernant l'entretien des locaux et le paiement
régulier des loyers.
La pratique du dépôt de garantie soulève cependant des
questions juridiques complexes quant à sa constitution, sa conservation et sa
restitution. Ces enjeux nécessitent une analyse approfondie du régime juridique
applicable. Cette étude s'articulera autour de trois axes principaux : le
fondement et la nature juridique du dépôt de garantie (I), sa mise en œuvre
pratique (II), et enfin les conditions de sa restitution ainsi que le
contentieux y afférent (III).
I.
FONDEMENT ET NATURE JURIDIQUE DU DÉPÔT DE GARANTIE
A. Définition et
Objet
Le dépôt de garantie est une somme d'argent versée par le
preneur au bailleur dès l'entrée dans les lieux, représentant généralement un
ou plusieurs mois de loyers. Cette somme constitue une sûreté venant garantir
la bonne exécution des obligations locatives incombant au preneur tout au long
de la relation contractuelle.
Dans le cadre des baux professionnels régis par l'Acte
uniforme OHADA, le dépôt de garantie vise principalement à couvrir trois types
d'obligations fondamentales du preneur. Il garantit d'abord le paiement
régulier des loyers, conformément à l'article 112 qui dispose que "le
preneur doit payer le loyer aux termes convenus". Il assure ensuite
l'exécution des travaux d'entretien prévus par l'article 114 stipulant que
"le preneur est tenu aux réparations d'entretien". Il couvre enfin la
réparation des éventuelles dégradations constatées lors de la restitution des
locaux.
B. Régime
Juridique
Bien que ne faisant pas l'objet de dispositions
spécifiques dans l'Acte uniforme OHADA, le dépôt de garantie s'inscrit dans le
cadre plus large des obligations contractuelles du bail professionnel. Sa
validité découle du principe de la liberté contractuelle et de l'autonomie de
la volonté des parties, sous réserve du respect des dispositions d'ordre public
prévues à l'article 134 de l'Acte uniforme.
Le régime juridique du dépôt de garantie se caractérise
par son autonomie par rapport au contrat principal. Il ne constitue pas un
paiement anticipé des loyers mais une garantie distincte, dont l'utilisation
est strictement encadrée par sa finalité. Cette nature juridique spécifique
implique des obligations particulières tant pour le bailleur que pour le
preneur dans sa gestion et sa restitution.
II. MISE
EN ŒUVRE DU DÉPÔT DE GARANTIE
A. Constitution
de la Garantie
La constitution du dépôt de garantie intervient
généralement lors de la conclusion du bail professionnel. Son montant est
librement fixé par les parties, même si la pratique retient souvent
l'équivalent de deux à trois mois de loyer. Cette liberté contractuelle trouve
néanmoins sa limite dans l'abus manifeste qui pourrait être sanctionné par le
juge.
Le versement du dépôt de garantie doit faire l'objet
d'une mention expresse dans le contrat de bail, précisant son montant et ses
modalités de restitution. Il est recommandé que cette somme soit versée
distinctement du premier loyer, afin d'éviter toute confusion sur sa nature. Un
reçu spécifique doit être délivré au preneur, attestant du versement de cette
garantie.
B. Conservation et
Gestion
Le bailleur, en tant que dépositaire de cette somme, est
tenu à des obligations particulières dans sa conservation. Il doit maintenir le
dépôt de garantie distinct de ses autres avoirs, bien qu'aucune obligation
légale ne lui impose de le placer sur un compte séparé ou d'en servir des
intérêts au preneur.
La gestion du dépôt implique également une obligation de
prudence dans son utilisation. Le bailleur ne peut y recourir pendant
l'exécution du bail que dans des cas strictement limités, notamment en cas de
défaillance avérée du preneur dans le paiement des loyers ou l'exécution de ses
obligations d'entretien. Toute utilisation abusive engagerait sa responsabilité
et pourrait justifier une action en restitution anticipée de la part du
preneur.
III.
RESTITUTION DU DÉPÔT DE GARANTIE ET CONTENTIEUX
A. Modalités de
Restitution
La restitution du dépôt de garantie intervient au terme
du bail professionnel, sous réserve de l'exécution satisfaisante par le preneur
de l'ensemble de ses obligations locatives. Cette restitution est soumise à
plusieurs conditions cumulatives qui doivent être vérifiées.
Le preneur doit d'abord être à jour dans le paiement de
ses loyers et charges. Il doit ensuite avoir restitué les locaux en bon état,
conformément à l'état des lieux d'entrée, sous réserve de l'usure normale liée
à une utilisation conforme à la destination des lieux. Enfin, il doit avoir
exécuté l'ensemble des réparations qui lui incombaient en vertu du bail ou des
dispositions légales.
B. Contentieux
de la Restitution
Le contentieux relatif à la restitution du dépôt de
garantie relève de la compétence de la juridiction compétente, conformément à
l'article 132 de l'Acte uniforme OHADA. En cas de refus ou de retard injustifié
dans la restitution, le preneur peut saisir le juge pour en obtenir le
remboursement.
Le bailleur qui retient tout ou partie du dépôt de
garantie doit justifier sa décision par des motifs légitimes et documentés. Il
doit être en mesure de produire les justificatifs des sommes retenues, qu'il
s'agisse d'impayés de loyer ou de factures de remise en état des locaux. À
défaut, le juge pourra ordonner la restitution intégrale du dépôt,
éventuellement assortie de dommages et intérêts en cas de rétention abusive.
La jurisprudence sanctionne particulièrement les cas de
rétention injustifiée du dépôt de garantie, considérant qu'il s'agit d'un
manquement grave aux obligations du bailleur, susceptible d'engager sa
responsabilité contractuelle.