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Le droit de repentir constitue une prérogative spécifique
dans le cadre des baux à usage professionnel en droit OHADA. Il permet au
bailleur, sous certaines conditions, de revenir sur son refus initial de
renouvellement du bail, évitant ainsi le paiement de l'indemnité d'éviction.
En effet, selon l'article 126 de l'Acte uniforme OHADA
sur le droit commercial général, si le bailleur refuse le renouvellement du
bail, il doit verser au locataire une indemnité d'éviction. Le droit de
repentir lui offre la possibilité de se raviser et d'accepter finalement le
renouvellement, échappant ainsi à cette obligation d'indemnisation.
L'importance de ce mécanisme juridique mérite une analyse
approfondie qui s'articulera autour de trois axes : le fondement et les
conditions du droit de repentir (I), sa mise en œuvre procédurale (II), et
enfin ses effets juridiques et économiques (III).
I.
FONDEMENT ET CONDITIONS DU DROIT DE REPENTIR
A. Fondement
Juridique
Le droit de repentir trouve son fondement dans
l'équilibre que le législateur OHADA a voulu instaurer entre les droits du
bailleur et ceux du preneur. Bien que non expressément mentionné dans l'Acte
uniforme, ce droit découle de l'articulation des articles 126 et 127 relatifs
au refus de renouvellement du bail et au paiement de l'indemnité d'éviction.
Cette faculté de repentir représente une manifestation du
principe de faveur au maintien des relations contractuelles, privilégiant la
poursuite du bail plutôt que sa rupture moyennant indemnisation. Elle s'inscrit
dans la logique de protection de la stabilité des activités commerciales qui
anime l'ensemble du dispositif OHADA.
B. Conditions
d'Exercice
L'exercice du droit de repentir est soumis à des
conditions strictes tant sur le fond que sur la forme. Sur le fond, il ne peut
être exercé que dans le cadre d'un refus initial de renouvellement du bail qui
aurait donné lieu à l'obligation de verser une indemnité d'éviction. Il suppose
donc l'existence préalable d'un refus de renouvellement régulièrement notifié
au preneur.
La validité du repentir est également subordonnée au
respect de conditions temporelles. Le bailleur doit exercer ce droit dans un
délai raisonnable après la notification de son refus initial, avant que le
preneur n'ait engagé des démarches significatives pour quitter les lieux ou que
l'indemnité d'éviction n'ait été définitivement fixée et versée.
II. MISE
EN ŒUVRE PROCÉDURALE DU DROIT DE REPENTIR
A.
Formalisation du Repentir
La mise en œuvre du droit de repentir exige une
manifestation de volonté claire et non équivoque du bailleur. Cette volonté
doit être formalisée par un acte écrit, généralement par acte d'huissier ou par
tout moyen permettant d'établir la réception effective par le preneur,
conformément aux exigences de l'Acte uniforme OHADA.
Le document formalisant le repentir doit contenir
plusieurs mentions essentielles : l'identité des parties, la référence au refus
initial de renouvellement, la volonté explicite du bailleur de renouveler
finalement le bail, et les conditions de ce renouvellement. Ces conditions
doivent être similaires à celles qui auraient résulté du renouvellement initial
du bail.
B. Procédure
d'Information et de Notification
- Modalités de Notification
La notification du repentir doit être effectuée selon les
formes prescrites par l'Acte uniforme OHADA. Elle doit être adressée au preneur
à son siège social ou à l'adresse des locaux loués. Cette notification marque
le point de départ des effets juridiques du repentir.
- Délais et Formalités
La notification doit intervenir dans un délai raisonnable
après le refus initial de renouvellement. Ce délai s'apprécie au regard des circonstances
de l'espèce, notamment de l'absence d'engagement définitif du preneur dans une
relocalisation de son activité.
III.
EFFETS JURIDIQUES ET ÉCONOMIQUES DU DROIT DE REPENTIR
A. Effets sur le
Bail
L'exercice valable du droit de repentir entraîne des conséquences
juridiques importantes. Il opère d'abord une neutralisation des effets du refus
initial de renouvellement. Le bail se poursuit ou se renouvelle aux conditions
antérieures, sous réserve d'une éventuelle révision du loyer conformément aux
dispositions légales.
Cette continuation du bail doit se faire dans des
conditions similaires à celles qui auraient prévalu en cas de renouvellement
initial. Le bailleur ne peut profiter de l'exercice de son droit de repentir
pour imposer des conditions substantiellement différentes de celles du bail
initial.
B. Impact sur les
Parties
1. Pour le Preneur
Le preneur est tenu d'accepter le repentir du bailleur
dès lors qu'il est régulièrement exercé. Il conserve son droit au maintien dans
les lieux mais perd corrélativement son droit à l'indemnité d'éviction.
Toutefois, il peut prétendre au remboursement des frais légitimement engagés
entre le refus initial et l'exercice du droit de repentir.
2. Pour le Bailleur
L'exercice du droit de repentir libère le bailleur de son
obligation de verser l'indemnité d'éviction. En contrepartie, il doit maintenir
le preneur dans les lieux aux conditions du bail renouvelé et assumer les
conséquences financières des démarches déjà entreprises par le preneur sur la
foi du refus initial.