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L'état des lieux constitue une étape cruciale dans les
relations entre le bailleur et le preneur d'un bail à usage professionnel. Dans
le cadre du droit OHADA, cette question est régie par l'Acte uniforme portant
sur le droit commercial général (AUDCG), particulièrement dans son Livre 6
relatif au bail à usage professionnel (articles 101 à 134).
Si l'état des lieux n'est pas explicitement détaillé dans
un article spécifique de l'AUDCG, plusieurs dispositions y font référence
indirectement, notamment à travers les obligations des parties et la
présomption de bon état des locaux. Son importance est fondamentale car il permet de:
- Constater
l'état initial des locaux lors de l'entrée en jouissance ;
- Servir
de référence pour évaluer les éventuelles dégradations en cours de bail ;
- Protéger
les intérêts du bailleur comme du preneur lors de la restitution des
locaux.
Pour appréhender pleinement cette thématique, il convient
d'examiner d'abord le régime juridique de l'état des lieux dans le bail
professionnel OHADA (I), avant d'analyser en détail sa mise en œuvre pratique
(II).
I. LE
RÉGIME JURIDIQUE DE L'ÉTAT DES LIEUX DANS LE BAIL PROFESSIONNEL OHADA
A. L'absence de
formalisme imposé
L'Acte uniforme OHADA portant droit commercial général ne
prévoit pas expressément l'obligation d'établir un état des lieux, ni n'impose
de formalisme particulier pour sa réalisation. Cette souplesse découle du
principe de consensualisme qui caractérise le bail commercial en droit OHADA,
comme l'illustre l'article 103 qui dispose que le bail est réputé conclu dès
l'accord des parties, sans condition de forme particulière.
B. La présomption
de bon état des locaux
L'article 105 de l'AUDCG établit une présomption
importante : « Le bailleur est tenu de délivrer les locaux en bon état. Il
est présumé avoir rempli cette obligation : lorsque le bail est verbal ou
lorsque le preneur a signé le bail sans formuler de réserve quant à l'état des
locaux. »
Cette présomption légale a deux conséquences majeures :
- En
l'absence d'état des lieux contradictoire, les locaux sont présumés avoir
été délivrés en bon état ;
- Il
appartient au preneur de prouver le contraire s'il conteste l'état des
locaux.
C. Les
conséquences juridiques de l'absence d'état des lieux
L'absence d'état des lieux n'affecte pas la validité du
bail, mais elle peut avoir des conséquences importantes sur le plan probatoire
:
- Le
preneur qui n'a pas formulé de réserves sera présumé avoir reçu les locaux
en bon état (art. 105)
- La
preuve des dégradations sera plus difficile à rapporter en fin de bail
- Le
risque de contentieux est accru entre les parties
Cette situation juridique encourage donc fortement les
parties à établir un état des lieux, même si ce n'est pas une obligation légale
expresse.
II. LA
MISE EN ŒUVRE DE L'ÉTAT DES LIEUX EN PRATIQUE
A. L'établissement
de l'état des lieux d'entrée
- Le moment de l'établissement
La réalisation de l'état des lieux d'entrée constitue une
étape cruciale qui doit intervenir au moment précis de la remise des clés.
Cette synchronisation avec le début du bail est fondamentale car elle permet de
constater sans ambiguïté l'état exact des locaux lors de la prise de possession
par le preneur. Une date concordante avec le début de la période locative doit
être mentionnée expressément dans le document pour éviter toute contestation
ultérieure sur la chronologie des événements.
- La forme de l'état des lieux
Si l'AUDCG n'impose pas de formalisme particulier, la pratique
recommande fortement l'établissement d'un document écrit détaillé. Ce document
doit comporter une description méthodique et exhaustive, réalisée pièce par
pièce. Pour renforcer la valeur probante de l'état des lieux, il est conseillé
de l'accompagner de photographies ou même d'enregistrements vidéo des lieux. La
signature des deux parties atteste du caractère contradictoire du constat.
- Le contenu minimal recommandé
L'état des lieux doit impérativement contenir
l'identification précise des parties et des locaux concernés. La description
détaillée de chaque pièce inclut l'état des murs, sols, plafonds et
menuiseries. Une attention particulière doit être portée aux équipements et
installations techniques (électricité, plomberie, chauffage) dont l'état de fonctionnement
doit être vérifié et consigné. Le relevé des compteurs, la mention des défauts
apparents et les signatures datées des parties complètent ce document
essentiel.
B. Les modalités
pratiques de réalisation
- Les intervenants possibles
La réalisation de l'état des lieux peut être effectuée de
plusieurs manières. Le plus couramment, il est établi de manière contradictoire
directement entre le bailleur et le preneur. Toutefois, les parties peuvent
choisir de recourir à un huissier de justice, ce qui confère à l'acte une force
probante particulière. Dans certains cas complexes, notamment pour des locaux
professionnels comportant des équipements spécifiques, l'intervention d'un
expert immobilier peut s'avérer pertinente pour garantir une évaluation
technique précise de l'état des installations.
- Les points de vigilance
Lors de l'établissement de l'état des lieux, certains
points requièrent une attention particulière. La vérification systématique des
éléments de structure est indispensable pour déceler d'éventuels désordres
préexistants. Les équipements et installations techniques doivent faire l'objet
de tests de fonctionnement dont les résultats seront consignés. Chaque défaut
constaté doit être noté avec précision et photographié pour constituer une
preuve incontestable. Il est crucial que chaque partie conserve un exemplaire
original du document établi.
C. L'utilisation
de l'état des lieux comme outil de gestion
- Pendant la durée du bail
L'état des lieux ne se limite pas à un simple constat
initial. Il constitue un véritable document de référence tout au long de
l'exécution du bail. Il permet d'assurer un suivi efficace de l'entretien des
locaux en servant de base comparative lors des visites périodiques. En cas de
travaux, il aide à déterminer la répartition des responsabilités entre bailleur
et preneur conformément aux articles 106 et 114 de l'AUDCG. Les visites
périodiques de contrôle peuvent s'appuyer sur ce document pour évaluer
l'évolution de l'état des locaux.
- La valeur probante
La force probante de l'état des lieux est
particulièrement importante. Établi contradictoirement, il constitue un élément
de preuve déterminant en cas de contentieux. Sa précision et son exhaustivité
permettent de trancher objectivement les désaccords sur l'état des locaux. En
cas de négociation sur des réparations ou des travaux, il sert de base
factuelle pour établir les responsabilités de chaque partie. Cette valeur
probante est d'autant plus forte que le document aura été établi avec rigueur
et précision, idéalement en présence d'un professionnel qualifié.